La santé mentale à l’école, entretien

Harcèlement scolaire, complexe physique, anxiété, traumatismes… La santé mentale s’invite aussi à l’école. Comment le personnel de l’éducation nationale accompagne les élèves ? Damien Durand, inspecteur pédagogique régional à l’académie de Lyon et secouriste PSSM a accepté de nous répondre. Entretien.

Damien Durand, inspecteur académique et pédagogique régional à l’académie de Lyon.

L’académie de Lyon s’engage pour la santé mentale à l’école

L’académie de Lyon regroupe les départements de l’Ain, de la Loire et du Rhône. Elle compte plus de 60 000 personnels et 640 000 élèves répartis dans plus de 2 150 écoles, 310 collèges et 200 lycées. Elle est intégrée au sein de la région académique Auvergne-Rhône-Alpes, avec les académies voisines de Clermont-Ferrand et de Grenoble.

Le Recteur de l’académie de Lyon, Monsieur Olivier Dugrip, est également le Recteur de la Région académique.

Entretien Damien Durand, Inspecteur pédagogique régional et secouriste PSSM

Comment l’académie de Lyon s’engage-t-elle dans la protection de la santé mentale de ses élèves ?

L’académie de Lyon a fait le choix de s’engager dès 2022 dans des formations de secouristes en santé mentale en lien avec PSSM France. En 2023-2024, ce sont 280 personnels qui ont ainsi été formés dans l’académie. Parmi ces personnels, on relève une majorité de Conseillers Principaux d’Education (CPE) et d’enseignants (professeurs des écoles, de collège et de lycée), qui sont quotidiennement au contact des élèves, mais également des directeurs d’école, des principaux de collège et des proviseurs de lycées.

La prochaine étape, d’ici fin 2024, va être de former des formateurs de secouristes en santé mentale. Cela afin de déployer à une plus grande échelle ces formations de secouristes, à destination de tous les personnels de l’académie, quels que soient leurs corps de métiers.

C’est l’équipe académique « École promotrice de santé », qui comprend des personnels de santé (médecins et infirmiers conseillers techniques du recteur et des IA-DASEN), sociaux (conseillers techniques du recteur et des IA-DASEN), des chefs d’établissement et des inspecteurs, qui met en œuvre cette politique en matière de santé mentale. Elle travaille en lien avec le Comité académique d’éducation à la santé, à la citoyenneté et à l’environnement (CAESCE), instance chargée de mettre en œuvre les politiques dans ces trois domaines. A noter que PSSM France, représenté alors par Jacques Marescaux et Caroline Jeanpierre, est intervenu dans cette instance académique pour présenter PSSM et les formations.

“Les formations de secouristes de PSSM France […] permettent d’envisager un meilleur repérage des jeunes en mal-être”

Comment s’inscrit la formation PSSM dans la politique de l’académie de Lyon, ou plus largement au sein de l’éducation nationale ?

Notre politique académique consiste désormais à constituer des équipes dans les écoles, collèges et lycées, quand c’est possible, c’est-à-dire quand il y a suffisamment de personnels pour y parvenir : des secouristes formés, un médecin scolaire, une infirmière, une assistante sociale. Nous avons eu la même démarche dans la lutte contre le harcèlement et nous avons constaté un engagement remarquable de la part de personnels volontaires, notamment des enseignants.

Pour le secourisme en santé mentale, nous sommes, à cette étape, moins avancés que pour la lutte contre le harcèlement, mais l’on constate sur le terrain que les deux sujets s’interpénètrent. Des élèves qui vont mal, ou sont en difficulté scolaire, personnelle ou familiale, sont souvent victimes de harcèlement, car ils sont repérés comme en état de faiblesse et, loin d’être secourus par leurs pairs, sont au contraire soumis à la pression harcelante du groupe. Le rôle des adultes, des personnels, est alors essentiel, en prévention et pour le traitement de ces situations, pour porter secours. Et les élèves ambassadeurs du programme pHARe (programme ministériel de lutte contre le harcèlement) sont également très utiles dans le repérage des situations de harcèlement.

Les formations de secouristes de PSSM France ont été très appréciées par les personnels qui les ont suivies. Elles permettent désormais d’envisager un meilleur repérage des jeunes en mal-être, d’essayer de ne plus passer à côté de situations de détresse. Le programme présenté et développé dans le module “Jeunes” des formations PSSM, est une réponse à la fois simple dans sa mise en œuvre et essentielle : le secouriste a un guide pour agir, pour porter secours. Si le résultat n’est jamais garanti (il n’y a pas d’obligation de résultat), le secouriste sait comment agir et essayer de porter assistance (mise à disposition d’aide et de moyens).

L’équipe académique “École promotrice de santé” a réalisé récemment des visioconférences pour les secouristes en santé mentale formés par PSSM France. Nous leur avons proposé de constituer ces équipes, évoquées ci-dessus, et de mettre en œuvre le protocole élaboré par la direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO) du ministère de l’éducation nationale. Il s’agit d’un protocole visant au repérage des élèves en situation de mal-être ou présentant des symptômes plus graves, et à l’orientation de ces jeunes vers les structures et/ou les thérapeutes à même de les suivre.

Comment intégrez-vous les compétences acquises lors de la formation dans votre quotidien professionnel ?

Etant inspecteur, j’ai un contact distancié avec les élèves. Je travaille davantage avec des personnels qu’avec des élèves, même si j’en rencontre régulièrement, notamment les représentants des lycéens dans les instances académiques ou ponctuellement lorsque je suis dans un établissement scolaire.

Néanmoins, comme suite à la formation, mon regard a changé, il s’est aiguisé sur des situations parfois anodines du quotidien qui révèlent pourtant des difficultés, du mal-être, voire de la souffrance. Je suis plus attentif, plus à l’écoute, dans une veille qui existait certes déjà mais qui est devenue une ligne de conduite.

Avez-vous un exemple de situation où la formation PSSM vous a été utile ?

Il m’est difficile d’évoquer des situations précises (plusieurs me viennent à l’esprit, s’agissant d’élèves, de personnels ou de collègues) car elles pourraient être reconnaissables. Mais, de façon évidente, la formation a changé ma pratique professionnelle, et au-delà, dans une plus grande attention aux autres, à leur bien-être.

“Le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les jeunes et nous avons du mal à mieux le prévenir.”

Y a-t-il un trouble psychique que vous repérez plus particulièrement ou plus fréquemment chez les élèves ?

A l’évidence, les symptômes dépressifs, plus ou moins marqués selon les élèves. Ils sont fortement liés à l’âge adolescent et s’expriment sous des formes diverses. Du jeune qui est mutique dès lors que l’on s’adresse à lui, à celui qui parait effondré sur lui-même, dans un état d’apathie. Ceux qui n’expriment rien ont toujours retenu mon attention, lorsque j’étais au contact d’élèves, comme CPE puis comme chef d’établissement. Le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les jeunes et nous avons du mal à mieux le prévenir. La formation de secouriste en santé mentale est importante sur ce sujet.

D’un point de vue personnel, que vous a apporté cette formation de secouriste en santé mentale ?

Dans une situation d’urgence vitale (une tentative de suicide), hors champ professionnel, là où j’aurais certainement paniqué autrefois, je me suis posément demandé : « que puis-je faire d’utile ? Que faut-il faire et dans quel ordre ? ». De façon évidente, le secouriste – au sens large, dans ce cas – avait pris le contrôle pour œuvrer utilement.

Je suis convaincu que nous en sommes tous capables dès lors que l’on est formé à agir et réagir et que l’on sait quelle conduite tenir. Je dois certainement cette réaction à la formation reçue et je suis donc très reconnaissant à PSSM France de m’avoir formé.

Pour aller plus loin :

Les carnets du secouriste en santé mentale : mieux aider un adolescent

La santé mentale des jeunes avec la Protection Judiciaire de la Jeunesse

Qu’est-ce que le secourisme en santé mentale ? VIDEO

Une discussion avec Nightline, qui œuvre pour la santé mentale des étudiants