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Le harcèlement scolaire : comprendre, repérer et agir

Parlons santé mentale Jeunes
6 novembre 2025
Harcèlement scolaire PSSM France

Qu’il soit à l’école ou en ligne, le harcèlement entre élèves est devenu un véritable enjeu de société. Le nombre d’enfants et d’adolescents victimes de harcèlement est édifiant : selon une étude récente de l’OMS, 11% des enfants sont harcelés chaque année à l’école. Selon l’Association e-Enfance 24% des familles ont été confrontées au moins une fois à une situation de cyberharcèlement.  

Derrière ces chiffres se cachent des souffrances bien réelles, souvent invisibles, qui peuvent entraîner des conséquences graves sur la santé mentale, la scolarité et l’estime de soi des personnes victimes de harcèlement.

Qu’est-ce que le harcèlement ? Quelles en sont les conséquences ? Comment en reconnaître les signes et comment réagir ? Cet article a pour objectif de mieux comprendre le phénomène du harcèlement, d’en identifier les mécanismes et de proposer des pistes d’actions concrètes pour agir avec bienveillance et efficacité.

Qu’est-ce que le harcèlement ?

Le harcèlement est défini comme un acte de violence intentionnel et répété qui peut être verbal, physique et psychologique. Il est commis par une ou plusieurs personnes à l’encontre d’une autre. Il instaure un rapport de force et de domination et se fonde sur le rejet de la personne en stigmatisant certaines de ces caractéristiques comme par exemple : son apparence physique, son orientation sexuelle, son identité de genre, son handicap ou encore ses centres d’intérêts. Il se distingue d’un simple conflit par son caractère durable et intentionnel.

Le harcèlement scolaire

Le harcèlement scolaire peut se produire dans l’enceinte de l’établissement (en classe, dans la cour, dans les couloirs) ou en dehors. Souvent invisible aux yeux des adultes, il s’installe souvent dans le silence, la victime craignant de parler ou ne sachant pas vers qui se tourner.

Les formes de harcèlement à l’école

Le harcèlement scolaire peut se manifester de différentes manières :

  • Moqueries et humiliations récurrentes
  • Mises à l’écart ou isolement volontaire d’un élève
  • Menaces ou intimidations
  • Violence physique
  • Vols ou dégradations de biens personnels

Selon le Ministère de l’éducation nationale : « Les actions négatives peuvent également être manifestées sans parole ni contact physique (grimaces, gestes obscènes, ostracisme ou refus d’accéder aux souhaits d’autrui) ».

Le cyberharcèlement : quand la violence continue en ligne

Depuis plusieurs années, le harcèlement dépasse le cadre scolaire. Il ne se limite plus aux murs de l’école ou ses alentours. L’omniprésence des réseaux sociaux et leur utilisation constante par les jeunes donne une toute autre ampleur au harcèlement scolaire.

Avant, un élève victime de harcèlement pouvait trouver un peu de répit une fois rentré chez lui. Mais ce n’est plus possible aujourd’hui, cette frontière n’existe plus. La violence continue en ligne et s’immisce au domicile, un espace habituellement sécurisant et protecteur.

Le téléphone, la tablette ou l’ordinateur deviennent alors les vecteurs d’une pression constante où les humiliations se répètent sans relâche, à toute heure du jour comme de la nuit. Le caractère omniprésent de ses attaques a des conséquences graves et désastreuses sur la santé mentale de la personne qui les subies.

Les formes de cyberharcèlement :

Voici quelques exemples concrets de situations de harcèlement en ligne :

  • Diffusion de rumeurs ou fausses informations diffamatoires sur une personne
  • Diffusion de photos ou de vidéos intimes sans consentement
  • Usurpation d’identité pour nuire à la réputation de la personne
  • Envoi de messages d’insultes ou de menaces
  • Exclusion numérique d’un groupe ou d’une conversation
  • Création de « groupes de haine » sur les réseaux sociaux

Le harcèlement scolaire est désormais reconnu comme un délit pénal qui pourra être puni jusqu’à 10 ans de prison et 150 000 euros d’amende en cas de suicide ou de tentative de suicide de la victime harcelée.

Source : Association e-Enfance

Repérer les signes du harcèlement : ce qui doit alerter

Olivier Canceil, psychiatre et spécialiste de la santé mentale des adolescents et des jeunes adultes – et membre du conseil scientifique et pédagogique de PSSM France – donne des outils concrets pour détecter les signes de harcèlement. En effet, ils ne sont pas toujours évidents à identifier. Selon lui, s’ils sont pris isolément, ils peuvent sembler anodins. Mais c’est leur accumulation qui doit inquiéter et inciter à creuser davantage la situation.

Quels sont les signes les plus courants des élèves victimes de harcèlement ?

À l’école, certains comportements peuvent mettre la puce à l’oreille :

  • retards fréquents
  • pertes ou vols de matériel (parfois évoqués à plusieurs reprises)
  • baisse soudaine des résultats scolaires
  • absences répétées ou non justifiées
  • isolement visible dans la cour ou en classe
  • ou encore la possession d’objets pour se défendre

Ces signes, pris ensemble, doivent amener les adultes à s’interroger et à ouvrir le dialogue avec bienveillance.

À la maison, les parents peuvent également observer certains changements :

  • troubles du sommeil
  • maux de ventre, surtout le matin avant d’aller à l’école
  • pleurs fréquents, de l’irritabilité, ou un repli sur soi
  • anxiété accrue, parfois accompagnée de troubles alimentaires

Ces manifestations physiques et émotionnelles peuvent traduire une détresse liée à une situation de harcèlement.

Face aux écrans, le comportement de l’enfant peut aussi être révélateur :

  • nervosité inhabituelle en consultant son téléphone
  • réactions d’angoisse ou de honte
  • fatigue accrue
  • évitement des réseaux sociaux qu’il utilisait auparavant avec plaisir

« Tous ces signaux, même discrets, méritent d’être pris au sérieux. L’important est de ne pas les banaliser et d’en parler avec l’enfant dans un climat d’écoute et de confiance »

Olivier Canceil, psychiatre et spécialiste de la santé mentale des adolescents et des jeunes adultes

Les conséquences du harcèlement et du cyberharcèlement

Quelle que soit sa forme, le harcèlement n’est jamais anodin. Chacun des acteurs du harcèlement – victime, agresseur et témoin – sont exposés à des séquelles psychologiques à court, moyen ou long terme.

Les victimes : des blessures psychologiques profondes

Chez la victime, les répercussions psychologiques peuvent être profondes et durables. Elle peut développer une forte détresse émotionnelle, se traduisant par de l’anxiété, un état dépressif, voire des comportements violents ou des idées suicidaires dans les cas les plus graves.

Sur les plans scolaire et social, les effets sont tout aussi préoccupants. Le décrochage, la déscolarisation ou encore la désocialisation sont des conséquences fréquentes.

L’enfant ou l’adolescent harcelé vit souvent dans une grande anxiété, nourrie par la honte, le sentiment d’abandon et une perte d’estime de soi. C’est d’ailleurs les raisons pour lesquelles les personnes harcelées n’osent pas demander de l’aide. Elles peuvent alors se replier sur elles-mêmes et avoir des difficultés à aller vers les autres.

Les agresseurs : des conséquences sous-estimées

Le harcèlement entraîne également des conséquences sur l’auteur des faits, souvent méconnues ou sous-estimées. Parmi les jeunes qui harcèlent, on observe fréquemment une tendance à développer des troubles dépressifs ou des conduites addictives, telles que l’abus d’alcool ou la consommation de substances psychoactives.

Ces élèves manifestent souvent une difficulté à accepter l’aide des adultes et peinent à sortir d’un cercle d’échecs scolaires marqué par des sanctions répétées, des exclusions temporaires ou des changements d’établissement. S’il n’y a pas de sanctions, le sentiment d’impunité incite le harceleur à perpétuer ses actes. Sans accompagnement psychologique et éducatif adaptés, cette dynamique peut s’ancrer durablement.

À long terme, certains jeunes harceleurs risquent de développer des troubles du comportement social ou d’être confrontés à la justice pour des actes de délinquance ou de violence.

Les témoins : entre impuissance, culpabilité et peur de parler

Le harcèlement touche également les témoins (actifs ou passifs) qui peuvent, eux aussi, en subir les conséquences. Assister à des scènes de violence n’est jamais anodin. À force d’y être exposé, il existe un risque de banaliser ces comportements et de les considérer comme normaux. Être témoin d’un harcèlement peut également générer un sentiment d’insécurité, voire de culpabilité, surtout lorsque la peur des représailles empêche d’agir ou de dénoncer les faits.

Dans certains cas, la crainte d’être pris pour cible pousse même certains jeunes à adopter eux-mêmes des attitudes moqueuses ou agressives, afin de se protéger ou de trouver leur place au sein du groupe.

La série Adolescence : une fiction au réalisme troublant  

Prenons l’exemple d’une fiction pour illustrer ces propos. Diffusée en 2025, la série phénomène Adolescence retrace les quelques jours d’un jeune, arrêté pour le meurtre d’une camarade. Largement saluée et récompensée par la critique, cette fiction expose de manière radicale les défis rencontrés à l’adolescence. Elle agit comme un révélateur des problématiques de santé mentale liées à l’hyperconnexion et au cyberharcèlement, et à leurs conséquences dévastatrices : isolement, perte de confiance en soi, sentiment d’exclusion et passage à l’acte. 

Derrière son succès, la série Adolescence rappelle avec force qu’au-delà de la fiction, l’urgence est bien réelle : protéger et accompagner les jeunes face à des défis sociétaux qui, d’une génération à l’autre, ne cessent de se transformer. 


En conclusion, les blessures psychiques liées au harcèlement peuvent parfois laisser des traces durables et fragiliser la confiance en soi, quel que soit le rôle joué dans cette situation : victime, témoin ou agresseur.
Mais rien n’est irréversible. Avec un accompagnement approprié, une écoute attentive et un soutien bienveillant, il est tout à fait possible de se reconstruire, de retrouver confiance en soi et de reprendre le cours de sa vie, malgré les épreuves traversées.

Harcèlement : que faire en tant que parent ?

6 conseils de notre expert psychiatre pour agir en prévention

Prévenir le harcèlement scolaire commence bien souvent à la maison, par la qualité du dialogue entre les parents et leurs enfants. Il en est de même pour le harcèlement en ligne. Ce n’est pas toujours simple, mais il existe de nombreuses manières d’aborder ces sujets sans les rendre pesants. Voici les conseils de notre expert Olivier Canceil, spécialiste de la santé mentale des adolescents et des jeunes adultes.

1. Parler des relations et des comportements attendus

Il est essentiel d’échanger naturellement avec son enfant sur ce qu’est une relation saine. Discuter de ce qu’il est normal ou non, d’attendre d’un ami :

  • Qu’est-ce qu’une plaisanterie acceptable, et à quel moment cela devient une moquerie blessante ?
  • Où sont les limites du respect ?
  • Qu’est-ce qu’on peut tolérer ou refuser dans une relation d’amitié ?

Ces discussions permettent à l’enfant d’apprendre à identifier ses limites et à reconnaître celles des autres.

2. S’appuyer sur des situations du quotidien

Les films, séries ou réseaux sociaux que les jeunes regardent offrent souvent des situations riches à exploiter. Regarder ensemble une série adolescente et échanger sur les comportements des personnages peut devenir un moyen simple d’aborder les sujets difficiles. Cela crée une distance émotionnelle (on parle des “autres”), tout en permettant d’ouvrir la discussion sur ce que l’enfant vit ou observe.

3. Poser des questions ouvertes

Au lieu d’interroger directement (au risque de fermer la discussion) il est préférable de tendre des perches :

  • “Comment ça se passe avec les autres au collège ?”
  • “Tu as déjà vu quelqu’un se faire embêter ?”
  • “Comment tu réagirais dans cette situation ?”

Ces questions favorisent une conversation naturelle, sans jugement, et montrent à l’enfant qu’il peut se confier.

4. Développer l’intelligence émotionnelle

Un autre axe clé est de renforcer l’intelligence émotionnelle de son enfant :

  • L’aider à nommer ses émotions
  • L’encourager à reconnaître celles des autres
  • Favoriser l’empathie et l’entraide

Valoriser les comportements prosociaux basés sur l’entraide, l’écoute et la solidarité, aide à construire un climat relationnel plus sain.

« Il est important de rappeler que les rôles ne sont pas figés : un enfant victime de harcèlement peut parfois, dans un autre contexte, adopter lui-même des comportements de harceleur, et inversement. C’est pourquoi il faut apprendre aux jeunes à se mettre à la place de l’autre avec des questions comme : “Comment crois-tu que cette personne se soit sentie quand on lui a dit ça ?”

Olivier Canceil, psychiatre spécialiste de la santé mentale des adolescents et des jeunes adultes

5. Aborder la notion de consentement et de respect

Parler du consentement est essentiel, même dès le plus jeune âge. Savoir dire non, respecter le non de l’autre, comprendre ce qui est acceptable ou non : ces notions participent directement à la prévention du harcèlement et à la construction du respect mutuel.

6. Encourager les activités valorisantes

Enfin, il est bénéfique de diversifier les espaces d’épanouissement de l’enfant : clubs sportifs, activités artistiques, associations… Ces environnements permettent de développer la confiance en soi, de se sentir compétent et reconnu, surtout si la vie scolaire est plus compliquée.

Faire de la prévention, c’est avant tout faire preuve de bon sens, d’écoute et de créativité. Les parents ne peuvent pas tout contrôler, mais ils peuvent créer un climat de confiance où leur enfant saura qu’il peut parler sans peur d’être jugé.

Et même si, spontanément, les jeunes ne se tournent pas toujours vers leurs parents, le simple fait de savoir que la porte est ouverte fait déjà toute la différence.

Podcast Le lien : les mots qui blessent

Retrouvez tous ces conseils dans notre podcast : Le lien « les mots qui blessent : parler du harcèlement scolaire et en ligne »

Comment réagir face au harcèlement scolaire ?

Qui contacter en cas de harcèlement ?

Si vous êtes victime ou témoin d’une situation de harcèlement, il est essentiel d’en parler dès les premiers signes, à un adulte référent et de confiance. S’il y a un référent harcèlement au sein de votre établissement scolaire, contactez-le.  

En cas de cyberharcèlement, ne répondez pas à votre agresseur. Gardez des preuves pour signaler l’incident au 3018 et/ou aux autorités. Si l’incident a lieu sur les réseaux sociaux, signalez-le directement sur la plateforme.

Vous pouvez également appeler l’Association e-Enfance au 3018, qui lutte contre le harcèlement et les violences numériques que subissent les jeunes. Ce numéro d’appel est gratuit, anonyme et confidentiel, accessible 7j/7 de 9h à 23h.

Ressources utiles

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