« Parmi les signes qui peuvent alerter, on retrouve l’irritabilité, l’anxiété, la tristesse persistante, le repli, la perte d’intérêt pour les activités habituelles, des discours dévalorisants du type : je suis nul, je n’y arriverai jamais… »
Durée : 10 min 13
Ecouter notre podcast Apprendre à aider pour en savoir plus sur comment aider un ado ?
Comprendre l’anxiété scolaire chez les adolescents
Qu’est-ce que l’anxiété ?
Quand on pense aux troubles anxieux, on imagine souvent une personne discrète, renfermée, peu communicative. Si ce portrait correspond parfois à la réalité, l’anxiété peut aussi se manifester de façon plus discrète ou inattendue, notamment chez les jeunes.
Ces formes moins visibles rendent l’anxiété difficile à repérer, retardent sa prise en charge et entraînent parfois des réponses inadaptées, comme des sanctions disciplinaires. Sans accompagnement, cette détresse peut freiner le développement social et éducatif de l’adolescent.
Comment reconnaître les signes d’une souffrance liée à la scolarité ? À partir de quand faut-il s’alerter ? Et surtout, comment accompagner son ado avec bienveillance sans renforcer la pression ?
Quand le stress devient un risque pour la santé mentale
L’orientation scolaire, la pression de la réussite et des étapes clés comme Parcoursup sont devenues de véritables sources d’anxiété pour de nombreux adolescents. Stress chronique, perte de confiance, troubles du sommeil, peur de l’échec… Quand l’inquiétude dépasse la simple motivation, elle peut impacter la santé mentale et le quotidien des jeunes. A partir de quand s’inquiéter ?
On peut parler de bon et de mauvais stress. Comme beaucoup de chose, le stress mobilise les fonctions cognitives et permet d’être affûté pour répondre à une exigence. Mais quand il devient trop envahissant, il impacte la vie quotidienne. Il peut causer des retentissements durables sur le bien-être, sur la santé mentale et le fonctionnement quotidien de la personne.
C’est là qu’il faut s’inquiéter. C’est-à-dire quand ça devient trop intense, que ça devient chronique, voire toxique. En effet, il peut y avoir des symptômes physiques et une grande contre productivité. Les performances baissent, il y a une perte de plaisir, un repli sur soi qui peuvent conduire à des problématiques psychiatriques.
Anxiété : comprendre les symptômes, les causes et les solutions pour mieux la gérer au quotidien
Repérer les signes d’alerte : comment savoir si son ado souffre vraiment d’anxiété
Dans des périodes charnières comme le choix de l’orientation scolaire, les examens ou la pression de la réussite, cette anxiété peut s’intensifier et devenir envahissante. Certains signaux peuvent alerter parents et proches :
- les signes émotionnels : irritabilité, tristesse, anxiété persistante, dévalorisation
- les signes comportementaux : repli, évitement, absentéisme, perfectionnisme excessif, phobie scolaire
- les signes physiques : maux de ventre, fatigue, insomnies, somatisations
- les changements scolaires : chute des notes, peur panique des examens, refus d’aller en cours
L’anxiété ne ressemble pas toujours à de la timidité, elle peut se cacher derrière des comportements déroutants.
Comment accompagner son adolescent face au stress de l’orientation et de la réussite ?
Soutenir plutôt que mettre la pression
Face à l’anxiété liée à l’école, aux examens ou à l’orientation, les parents ou les proches se sentent souvent démunis. Faut-il rassurer ? Encourager ? Mettre un cadre plus strict ? En réalité, l’accompagnement repose moins sur des solutions toutes faites que sur une posture d’écoute, de patience et de soutien progressif :
- instaurer un dialogue d’écoute sans minimiser ni dramatiser
- valider les émotions plutôt que dire “tu vas y arriver”
- aider à décomposer les objectifs (méthode des petites étapes)
- renforcer le sentiment de compétence
- valoriser les réussites passées
- utiliser les ressources d’orientation : stages, portes ouvertes, Parcoursup, accompagnement scolaire
- dédramatiser le bac et rappeler que le parcours est continu (bac –3 / bac +3)
En résumé, accompagner un adolescent anxieux, ce n’est pas supprimer le stress, mais lui apprendre à le traverser et à l’apprivoiser.
En savoir plus : écouter notre podcast Le Lien
Pour approfondir ces questions et mieux comprendre les mécanismes de l’anxiété liée à l’orientation et à la pression de la réussite scolaire, nous vous invitons à écouter l’épisode dédié de notre podcast Le Lien, consacré à la santé mentale des jeunes.
Intitulé Parcours sup, alternance, notes… comment gérer l’anxiété de l’orientation, la pression de la réussite scolaire ? cet épisode propose d’en comprendre les causes et les fonctions pour mieux accompagner les adolescents concernés – grâce à l’éclairage de l’expert Olivier Canceil, psychiatre spécialiste de la santé mentale des adolescents.
Retranscription de l’épisode
Introduction
Bonjour et bienvenue surLe Lien, parlons de la santé mentale de nos ados, un podcast co-réalisé par PSSM France et Parentalité Adolescence. Vous êtes proche d’un adolescent et vous vous posez des questions sur sa santé mentale, ses émotions, son comportement, son mal-être ou tout simplement sur la manière de mieux l’accompagner ? Ce podcast est fait pour vous. Au fil de 12 épisodes courts, Olivier Canceil, spécialiste de la santé mentale des adolescents et des jeunes adultes et membre du conseil scientifique et pédagogique de PSSM France, répondra aux questions que se posent les adultes autour de la santé mentale des adolescents. Aujourd’hui, on retrouve Olivier Canceil pour parler de de l’anxiété liée à l’orientation scolaire et de la pression de la réussite chez les adolescents. Bonjour Olivier !
Sarah : A partir de quand le stress lié à l’orientation ou à la réussite scolaire devient-il préoccupant ?
Olivier Canceil : Le stress, d’une façon générale, il y a un bon stress et un mauvais stress. C’est-à-dire comme beaucoup de choses, pas trop intense, il mobilise les fonctions cognitives et il permet d’être affûté pour répondre à une exigence. Mais quand c’est trop, ça impacte la vie quotidienne, ça a des retentissements durables sur le bien-être, sur la santé mentale. et le fonctionnement quotidien de la personne. C’est là qu’il faut s’inquiéter. C’est-à-dire quand ça devient trop intense, que ça devient chronique, ça devient toxique en fait, mais même toxique au niveau physique. Parce qu’il peut y avoir des symptômes physiques, des maux de ventre, des insomnies, de la fatigue. Et puis, bien évidemment, trop de stress, finalement, c’est contre-productif parce que ça donne une baisse des performances, une perte de plaisir, un repli sur soi et ça peut conduire à des problématiques psychiatriques.
Sarah : Parmi les signes que vous venez d’évoquer, quels sont ceux qui peuvent alerter les parents qu’un ado est en souffrance face à la pression scolaire ou d’avenir ?
Olivier Canceil : Ce sont des symptômes pas très spécifiques. C’est l’irritabilité, l’anxiété, la tristesse persistante, le repli, la perte d’intérêt pour les activités habituelles, des discours dévalorisants, je suis nul, je n’y arriverai jamais. Et puis, bien sûr, les symptômes physiques que j’évoquais déjà, avec des troubles du sommeil, la fatigue. Et puis, en fait, c’est les changements dans la scolarité qui permettent un peu de situer où est la problématique, c’est-à-dire des baisses soudaines des résultats scolaires, de l’absentéisme, du refus d’aller en cours, un perfectionnisme excessif aussi, ou finalement une peur panique de l’échec qui fait qu’ils passent vraiment beaucoup de temps à faire leurs devoirs. Ou alors carrément un retrait scolaire, une phobie scolaire, un évitement des situations d’évaluation où ils tomberont systématiquement malades le jour des examens.
Sarah : Comment justement soutenir un jeune qui doute de ses capacités ou qui se sent paralysé par la peur de l’échec ?
Olivier Canceil : Disons que c’est un travail vraiment patient d’écoute, d’instauration d’un dialogue, d’accueillir les émotions sans les… minimiser ou les dramatiser. C’est-à-dire valider ce que le jeune ressent. C’est-à-dire, je comprends que tu te sens dépassé, c’est légitime, on te demande beaucoup de choses, éviter les phrases comme tu vas y arriver parce que du coup, c’est vécu comme une disqualification de ce qu’ils vivent. Donc, il faut faire très attention à ça. Ça renforce le sentiment d’incompétence ou d’incompréhension même par le proche.
Sarah : C’est-à-dire que quand on dit que tu vas y arriver, en fait…
Olivier Canceil : Là où on a le sentiment de dire quelque chose de positif, où on croit dans les ressources du jeune, lui le vit comme le fait qu’on ne l’a pas entendu ou que lui étant persuadé qu’il n’a pas forcément ces capacités-là, ça ne lui fait pas de bien d’entendre ça. Donc il faut faire attention à ce genre de phrases, il faut les démettre des mots sur ses peurs, peur de décevoir, peur de ne pas être à la hauteur, peur de rater sa vie, de ne pas avoir de place dans la société. Voilà, et puis qui décevrait-il ? Parce que ça peut être ses parents en effet, donc c’est peut-être là que c’est intéressant d’en parler. Et puis travailler sur les pensées limitantes, là on rentre vraiment dans des aspects plus de psychologie, c’est-à-dire identifier les croissances négatives. C’est comme je suis nul, je vais tout rater en valorisant ce qu’il a déjà pu réussir. Tu penses que tu vas pas y arriver mais tu as déjà réussi à faire ça et ça et ça quoi c’est vrai que souvent on peut ne pas forcément voir le chemin parcouru alors qu’il ya eu déjà des belles réussites des choses qui ont été accomplies et souvent les gens qui sont plutôt dans notre entourage vont avoir vont nous rappeler en tout cas ces événements là et ce qui peut faire du bien voilà c’est là qu’on est un témoin justement des réussites passées qui viennent tempérer le discours actuel quoi et puis bon des formules plus nuances et quoi voilà tu es tu vois tu n’es pas encore prêt, ou même proposer de l’aide. Et puis il faut du temps pour progresser.
Sarah : Est-ce qu’il y a des… pas dire des exercices, mais des petites actions, en tout cas qui peuvent aider le jeune à reprendre confiance en lui, à se sentir capable de, des petites actions du quotidien. Alors je dis n’importe quoi, mais par exemple, on ne l’a jamais laissé aller chercher le pain tout seul ou faire deux, trois courses. Est-ce que ce genre d’action-là peut permettre au jeune de se sentir capable de faire quelque chose ?
Olivier Canceil : Alors d’une façon générale, oui. spécifiquement sur le stress scolaire et que c’est vraiment dans ce secteur-là que les angoisses apparaissent. Bon, après, c’est sûr que le sentiment de compétence, après, ça se transfère d’un secteur ou d’un domaine à l’autre, on est bien d’accord. Mais là, peut-être ce qui peut aider aussi dans le stress scolaire, c’est d’arriver, d’aider le jeune à décomposer les objectifs, parce que des fois, l’objectif paraît hors d’atteinte parce qu’il est gros. Mais on peut aider à décomposer des étapes. Parce que réussir quelque chose, ça donne confiance pour réussir l’étape suivante et ainsi de suite. Et des fois, peut-être que c’est aussi ce qu’ils se représentent des attentes qui les inhibe pour s’affronter. Il ne faut pas regarder le haut de la montagne, il faut regarder une marche après l’autre.
Sarah : On arrive à la question du répondeur. donc on avait mis en place pour laisser l’opportunité aux parents ou aux proches de poser leurs questions sur la santé mentale des jeunes. Et voici la situation que je vous propose.
Bonjour, je vous appelle pour mes jumeaux qui sont en pleine période d’orientation scolaire. Avec le choix de leur orientation, la pression de la réussite et Parcoursup, ils sont super anxieux. Je les vois de plus en plus stressés. Est-ce que vous auriez des conseils pour que je puisse les aider ? J’imagine qu’ils ne sont pas les seuls dans cette situation. Merci.
Olivier Canceil : Je vais m’aventurer sur un terrain qui est… Pas exactement le mien, mais je peux quand même m’y autoriser parce que je travaille à la Fondation Santé des étudiants de France où nous accueillons des jeunes dans des dispositifs de soins et d’études, c’est-à-dire qu’à la fois ils se soignent et à la fois ils font des études. Donc il y a eu quand même des changements importants, même si Parcoursup angoisse tout le monde et les jeunes les premiers, dans la pédagogie et la compagnon-bois au bac. Le bac n’est pas le bac des représentations des parents, c’est-à-dire le grand cercle enflammé dans lequel il faudrait sauter. à travers lequel il faudrait sauter le dernier jour à la dernière heure. Ce n’est plus du tout ça, c’est le bac moins trois, l’éducation nationale c’est bac moins trois, bac plus trois. C’est-à-dire que c’est l’assiduité en cours, la régularité des efforts, les notes en contrôle continu, des spécialités qu’on peut changer, choisir et puis abandonner, qui font que c’est un long processus dont le bac en lui-même n’est que, je dirais, la validation finale du processus qui se poursuit en…
Après, c’est plus, je dirais, désormais le bac, une estampille sur un document officiel que des épreuves les dernières semaines de la dernière année. Donc, à partir de là, il y a tout le temps aussi de réfléchir à cette orientation et il faut pouvoir s’appuyer aussi sur les ressources de l’éducation nationale pour ça, en sachant que finalement, ce n’est pas la bonne filière qui garantit l’accès par professionnel. Parcoursup aux études qu’on voudrait, c’est plutôt la qualité d’un dossier et d’un investissement, en sachant que Parcoursup, en plus, les algorithmes commencent à rendre leurs résultats bien avant les résultats définitifs du bac. Donc, je pense qu’il faut aussi arriver à faire tomber ce fétiche ou cette représentation que nous, on a adultes de notre propre bac, qui est un aspect comme ça de final. quoi.
Sarah : Et puis c’est vrai que dans ce parcours-là, donc non seulement Parcoursup en lui-même, la plateforme est une très bonne ressource et a énormément d’informations, mais c’est aussi de se dire qu’en tant que parents, ils peuvent aussi avoir ce rôle d’aller chercher des informations ou d’aller se renseigner pour apporter des ressources en plus aux jeunes. Et ça peut être tout simplement d’aller à une journée porte ouverte d’une école, mais aussi aller dans des salons d’orientation ou de leur proposer de faire un stage d’entreprise. dans ce qu’ils aimeraient faire plus tard.
Olivier Canceil : Bien sûr. Et d’ailleurs, on l’a vu dans l’évolution des études. Il y a des stages en seconde, des stages en troisième. Enfin, vraiment, on essaye de donner aux jeunes l’opportunité d’explorer, je dirais, le monde du travail autrement que par la représentation qu’on en a des études qu’on pense vouloir faire.
Sarah : Merci beaucoup, Olivier. Merci d’avoir écouté cet épisode en complément des ressources partagées par Olivier Canceil. Nous vous invitons à consulter les carnets du secouriste en santé mentale disponibles sur le site PSSM France. Vous pouvez également vous former au secourisme en santé mentale et plus particulièrement le module PSSM Jeune.
Pour aller plus loin
- Retrouver tous nos épisodes du podcast Le Lien
- Consulter notre dossier spécial : La santé mentale des jeunes
Découvrez tous nos épisodes !
Nos dernières actualités
Stress post-traumatique (TSPT) : définition, symptômes, causes pour mieux comprendre