« L’automutilation, c’est un ensemble de comportements auto-infligés, volontaires et répétés, sans intention suicidaire, visant à soulager une détresse émotionnelle intense […] infligé souvent en secret et pour faire face à une douleur psychique que la personne n’arrive pas à exprimer autrement »
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Décrypter les signaux des automutilations chez les jeunes
Qu’est-ce que les automutilations ?
L’automutilation désigne un ensemble de comportements volontaires par lesquels la personne se blesse intentionnellement sans désir de mettre fin à sa vie. Il s’agit d’un acte qui a pour but principal de soulager et détourner une souffrance émotionnelle intense que la personne n’arrive ni à exprimer ni à réguler autrement.
Ce phénomène peut prendre différentes formes :
- Scarifications et coupures réalisées avec des objets tranchants, souvent sur des zones cachées du corps
- Brûlures avec une cigarette ou un briquet
- Griffures, morsures, ou entailles répétées
- Arrachement volontaire de cheveux (trichotillomanie)
- Plaies entretenues et rouvertes
Quelles sont les causes des automutilations non-suicidaires ?
Il n’existe pas une cause unique, mais l’automutilation peut être comprise comme un cri silencieux, une manière indirecte pour un adolescent de signaler sa détresse émotionnelle lorsque les mots manquent. Même si ces gestes semblent irrationnels, ils remplissent souvent plusieurs fonctions psychologiques importantes :
- Soulager une douleur émotionnelle intense
L’automutilation agit comme une stratégie d’appel à l’aide face à des émotions intenses et difficiles à gérer — colère, frustration, tristesse, sentiment d’être submergé ou de perdre le contrôle - Exprimer un mal-être
Pour certains jeunes, se blesser devient une façon non verbale de communiquer ce qu’ils ne parviennent pas à dire. Ce n’est pas une manipulation, mais une demande à être vu, entendu et compris - S’auto‑punir
Certains adolescents voient ces gestes comme une réponse à la culpabilité ou à la honte, une manière de se punir pour ce qu’ils pensent avoir mal fait ou pas fait. - Reprendre contact avec leur corps
Quand un jeune vit des expériences de dissociation ou de dépersonnalisation et qu’il se sent en dehors de son corps, détaché de ses émotions. La douleur physique peut être une façon de se recentrer
En savoir plus : écouter notre podcast Le Lien
Pour approfondir ces questions, mieux comprendre les mécanismes des automutilations non-suicidaires et savoir comment accompagner les adolescents concernés, nous vous invitons à écouter l’épisode dédié de notre podcast Le Lien, consacré à la santé mentale des jeunes.
Intitulé Un cri silencieux : décrypter les signaux des automutilations chez les jeunes, cet épisode propose d’en comprendre les causes et les fonctions pour mieux accompagner les adolescents concernés – grâce à l’éclairage de l’expert Olivier Canceil, psychiatre spécialiste de la santé mentale des adolescents.
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Retranscription de l’épisode
Introduction
Bonjour et bienvenue sur Le Lien, parlons de la santé mentale de nos ados, un podcast co-réalisé par PSSM France et Parentalité Adolescence. Vous êtes proche d’un adolescent et vous vous posez des questions sur sa santé mentale, ses émotions, son comportement, son mal-être ou tout simplement sur la manière de mieux l’accompagner ? Ce podcast est fait pour vous. Au fil de 12 épisodes courts, Olivier Canceil, spécialiste de la santé mentale des adolescents et des jeunes adultes et membre du conseil scientifique et pédagogique de PSSM France, répondra aux questions que se posent les adultes autour de la santé mentale des adolescents. Aujourd’hui, on retrouve Olivier Canceil pour parler de ce cri silencieux que sont les automutilations chez les jeunes et apprendre à en décrypter les signaux.
Sarah : Quand on parle d’automutilation, on parle de quoi ?
Olivier : La définition de l’automutilation, c’est un ensemble de comportements auto-infligés, volontaires et répétés, sans intention suicidaire, visant à soulager une détresse émotionnelle intense. Alors c’est un acte volontaire de blessure corporelle que l’adolescent s’inflige à lui-même souvent en secret et pour faire face à une douleur psychique qui n’arrive pas à se dérouler pas à exprimer autrement.
Alors évidemment, il y a plein de manières d’y recourir, plein de formes courantes. Il y a les scarifications qui sont les plus fréquentes, qui sont coupures avec des objets tranchants, souvent dans des zones du corps qui ne sont pas visibles, parce que c’est fait en secret. Des brûlures avec des cigarettes, des briquets, des griffures, des morsures, des arrachages de cheveux. On parle de trichotillomanie des fois, dans ce cas-là. Et puis des plaies qui sont entretenues, réouvertes. Enfin bon, voilà. Et puis bon, on peut y rattacher aussi certains comportements à risque. Des prêts de consommation excessifs, des prises de risque qui sont aussi dans cette démarche de se faire du mal pour se faire du bien paradoxalement. Parce que ça soulage quand même la tension et la douleur psychique. Et ça la détourne en fait.
Sarah : Est-ce que vous pouvez nous donner les causes ? de ces automutilations non-suicidaires et peut-on parler d’un appel à l’aide ?
Olivier : Dans une certaine mesure, mais comme le titre est, j’ai aimé votre titre, le cri silencieux, c’est-à-dire qu’il faut aussi l’entendre cet appel à l’aide parce qu’il est silencieux. En fait, c’est un acte qui est irrationnel et gratuit, mais qui a quand même vraiment des fonctions, c’est-à-dire que ça permet vraiment d’agir sur la régulation émotionnelle, c’est-à-dire que ça soulage une douleur émotionnelle intense que l’adolescent n’arrive pas à exprimer autrement ou à gérer autrement, que ce soit des vécus de vie d’intérieur, de colère, de frustration, ou le sentiment d’être submergé, de perdre complètement le contrôle.
Ça permet, en effet, bien évidemment, de communiquer quelque chose de la détresse, une expression non-verbale, quelque chose qui ne peut pas être verbalisé par des mots, qui finalement se prie silencieux. C’est là que… Alors, ce n’est pas une manipulation, c’est vraiment… C’est vraiment un appel à être vu et compris. Il ne faut pas se tromper là-dessus parce que ça c’est important.
Alors il peut y avoir aussi un aspect de punition, d’auto-punition. Ils se sentent coupables, honteux. Et c’est utilisé comme une auto-punition pour se punir de ce qu’ils ont fait ou pas fait. De sentiments d’inadéquation vis-à-vis des autres et du monde et des attentes des autres. Et puis pour certains aussi, ça permet de se reconnecter à son corps, parce qu’ils ont des vécus de dissociation, de dépersonnalisation, c’est-à-dire l’impression d’être détaché de soi-même, d’être en dehors de son corps, d’être coupé de ses émotions. Et d’éprouver physiquement cette douleur leur permet de se recentrer, de retourner dans les limites de leur enveloppe corporelle.
Sarah : Est-ce qu’il y a un profil type où c’est vraiment tout le monde ? peut être sujet à se retrouver dans cette situation là ?
Olivier : Je pense que tous les jeunes qui ont des problèmes de régulation émotionnelle, et quand on dit ça, on n’est pas dans un diagnostic spécifique. Je pense que ça peut en effet atteindre beaucoup de personnes. Et puis, il y a bien évidemment l’influence des réseaux sociaux, des camarades de classe. On connaît quelqu’un qui a recours, on essaye. Il peut y avoir ce genre de contagion qui intervient, mais c’est le côté répétitif et la façon dont ce comportement s’installe qui devient problématique.
Sarah : Que faut-il éviter de faire quand on aborde un jeune qui s’inflige des automutilations ?
Olivier : Alors d’abord, ce n’est pas une tentative de suicide. Comme je disais, c’est un signe d’une grande souffrance. Et que le jeune ne cherche pas à tirer l’attention. Voire même, je vous disais, que c’est plutôt des zones cachées sur lesquelles il le fait. Mais en fait, il exprime un besoin de soutien. Donc c’est ça qu’il faut entendre. même si pour des parents, ça peut être extrêmement… angoissant de voir quelqu’un s’infliger cela. Donc, il faut vraiment observer les signes physiques, je dirais voir s’il y a des cicatrices, les vêtements, le port systématique de banches longues, c’est quand même le signe qu’il y a quelque chose à cacher, ou d’éviter de se mettre en maillot, des choses comme ça. voilà, des objets tranchants qu’on retrouve dans ci ou là l’important c’est de toujours de maintenir, d’ouvrir un dialogue bienveillant et ouvert qui puisse permettre de parler de ce qui ne va pas et puis ne pas hésiter à proposer une prise en charge psychologique parce que ce que Tom utilise de fait ce n’est pas un signe de bonne santé ce ne sera jamais un signe de bonne santé c’est ne pas minimiser ça c’est important aussi
Sarah : Est-ce qu’il y a vraiment des choses à ne pas faire du tout ? C’est-à-dire, est-ce qu’on peut poser la question aux jeunes en disant est-ce que tu t’infliges des automutilations ?
Olivier : Ça dépend de la nature de la relation que l’on a, mais je pense que c’est plutôt de dire je m’inquiète parce que j’ai le sentiment que tu caches quelque chose, que ça n’a l’air de pas aller, que tu caches quelque chose. Et peut-être plus… par ce qu’on a observé que de poser directement la question.
Sarah : En tout cas, d’éviter d’y aller frontalement et plutôt de le faire sur un côté plutôt bienveillant et à l’écoute. D’essayer de tisser en tout cas un début de conversation sur le sujet sans agresser en fait le jeune.
Olivier : Oui, oui. Alors, agresser, ce n’est pas l’agresser, mais lui le vivra comme une intrusion là où justement s’il ne le dit pas, c’est qu’il n’a pas les mots pour le dire. Donc, il faut plutôt… Par y aller, je dirais, de façon… par la circonférence, y aller par petites touches, commencer par instaurer un dialogue et puis après faire part de ses émotions. On a toujours le droit de parler de ce que l’on éprouve et de nos inquiétudes. C’est-à-dire, est-ce que tu t’automutiles ? C’est pas la même chose que j’ai le sentiment que ça va pas bien en ce moment, je te vois t’isoler, tu vois plus tes camarades, je te vois toujours avec des manches longues, tu te mets plus jamais en maillot. Je commence à m’inquiéter, je me dis qu’il semblerait peut-être qu’il y a des choses que tu ne veux pas que je sache, que tu ne veux pas que je vois, mais moi je vois que tu me caches quelque chose et j’aimerais bien qu’on essaye d’en parler.
Sarah : Oui, on voit que de suite l’approche n’est pas la même.
Sarah : Dernière question, pour finir, je vous propose de répondre à une question d’un parent qui nous a été laissé sur le répondeur qu’on a mis en place juste avant d’enregistrer ces capsules.
Sophie : Bonjour PSSM, je m’appelle Sophie et je suis la tante d’un adolescent de 14 ans, on est sur Bayonne. Je vous appelle parce que récemment il m’a montré ses bras, il m’a indiqué que c’était griffé avec un compas parce que ça le soulage. Je ne sais pas trop ce que je dois faire en fait, je ne sais pas si je dois en parler à ses parents, si on doit aller voir le médecin généraliste, il faut qu’on essaye de l’aider à la maison. Si vous pouviez me répondre, ça me serait fort utile. Merci beaucoup.
Olivier : Bonne réponse, la réponse B. Avant la réponse A. C’est-à-dire, oui, il faut arriver à en parler. Parce que c’est plutôt, là il dit quelque chose, donc il faut l’entendre et explorer avec lui. C’est-à-dire, pourquoi et face à quoi a-t-il besoin d’avoir recours à ce comportement ? Le fait qu’il en parle et qu’il le montre, par rapport à ce qu’on a vu avant, c’est déjà extrêmement précieux. Donc ça veut dire qu’il ouvre un dialogue et qu’il ne faut pas louper le coche. Après, aller voir un médecin, ce sera s’il est d’accord, et après qu’on lui ait proposé, bien évidemment. Mais là déjà, il y a une ouverture très précieuse. Il en parle, il le montre, et il faut explorer pourquoi ça lui fait du bien, et face à quel problème, et réfléchir avec lui, s’il n’y aurait pas d’autres alternatives pour essayer de gérer les choses.
Sarah : Est-ce que ça peut être intéressant pour le parent qui peut-être est affecté émotionnellement, parce que c’est son enfant ? et qui sont justement démunis face à cette situation, d’aller lui consulter, je ne sais pas, un psychologue ou un médecin, peu importe, en tout cas d’en parler à quelqu’un, pour peut-être avoir un peu plus d’armes. pour affronter en tout cas la situation.
Olivier : Alors en tant que psychiatre, je ne vais certainement pas vous dire le contraire. Donc tout le monde peut bénéficier et tirer profit de ce type de soutien. Ça permet au moins aux parents qui sont confrontés à quelque chose qui est extrêmement douloureux de voir son enfant attaquer son corps alors qu’on l’a mis tout beau, tout nu au monde. C’est particulièrement difficile. Donc voilà, et comme il ne faut absolument pas être dans le jugement… et à pouvoir accompagner sans que nos propres émotions ne polluent la relation. En effet, ça peut être important, ça peut être une aide.
Sarah :Très bien. Merci beaucoup Olivier. Merci d’avoir écouté cet épisode. En complément des ressources partagées par Olivier Canceil, nous vous invitons à consulter les carnets du secouriste en santé mentale disponibles sur le site PSSM France. Vous pouvez également vous former au secourisme en santé mentale et plus particulièrement le module PSSM Jeune.
Les ressources utiles
Lorsqu’un proche est en souffrance , il est courant et tout à fait compréhensible de se sentir démuni. Découvrez ci-dessous des ressources pour vous guider dans l’accompagnement d’une personne qui s’automutile et l’aider à trouver une prise en charge professionnelle adaptée :
- Le carnet du secouriste en santé mentale : les automutilations non-suicidaire
- La fiche « trouver des alternatives aux automutilations »
- La ligne d’écoute gratuite et anonyme de la Croix-Rouge : 0800 858 858
- La formation pour devenir secouriste en santé mentale en 2 jours
- Le podcast apprendre à aider : les automutilations non-suicidaires
- L’émission « Tribu » consacrée à l’automutilation
Pour aller plus loin
- Retrouver tous nos épisodes du podcast Le Lien
- Lire notre article : Comprendre les automutilations pour mieux aider
- Lire notre article : Automutilations : comment aider ?
- Consulter notre dossier spécial : La santé mentale des jeunes
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