En France, la santé mentale des jeunes médecins atteint un seuil d’alerte critique : plus de 60 % des internes déclarent souffrir de symptômes d’épuisement professionnel et plus d’un tiers présentent des troubles anxieux. Ces chiffres alarmants s’accompagnent d’une prévalence préoccupante d’idées suicidaires, touchant près d’un interne sur cinq.

Face à cette réalité et aux limites des dispositifs de soutien classiques, souvent freinés par la stigmatisation, une initiative novatrice voit le jour dans la subdivision de Lyon : l’étude PAESSM (Pair-Aidance Etudiante Sur la Santé Mentale).
Face à l’épuisement des futurs médecins, l’étude PAESSM mise sur la pair-aidance
Portée par les Hospices Civils de Lyon et de nombreux partenaires institutionnels, cette étude vise à évaluer l’impact de la pair-aidance étudiante – par la présence d’internes référents formés aux Premiers secours en santé mentale (PSSM) – sur la santé mentale et le bien-être global des internes de médecine de première année de la subdivision de Lyon – comparés à leurs pairs de deuxième année non exposés au dispositif.
L’objectif principal est de mesurer si la présence de référents internes formés aux PSSM (environ 10% de la promotion) améliore significativement la santé mentale des internes de médecine de 1ère année.
Comment la pair-aidance pourrait-elle être bénéfique pour le bien-être des futurs médecins ?
Les internes en médecine constituent une population particulièrement exposée aux risques psychosociaux. Le troisième cycle des études médicales, ou internat est marqué par une charge de travail élevée, une responsabilité clinique précoce et une double hiérarchie universitaire et hospitalière. Elle génère un ensemble de tensions susceptibles d’affecter le bien-être psychologique des futurs médecins.
Ces contraintes favorisent l’apparition de troubles tels que la fatigue, le déséquilibre entre vie professionnelle et personnelle, le burn-out ou encore la dépression.
À cela s’ajoute la persistance d’une représentation idéalisée du médecin « invulnérable », freinant la reconnaissance et la prise en charge des troubles psychiques au sein de la profession. De nombreuses études internationales ont mis en évidence l’impact délétère du parcours médical sur la santé mentale.
Un constat préoccupant
Les statistiques actuelles soulignent l’impact limité des dispositifs de soutien actuels (cellules d’écoute, lignes d’urgence, groupes de parole) :
- 60 % des internes déclarent des symptômes d’épuisement professionnel
- Plus d’un tiers présentent des troubles anxieux
- Près d’un interne sur cinq déclare avoir des idées suicidaires
La stigmatisation persistante autour des troubles psychiques et le manque de formation des médecins à la santé mentale – à l’exception des psychiatres – aggravent cette situation.
La force du soutien entre pairs
Dans ce contexte, l’approche de pair-aidance étudiante, fondée sur l’écoute et le soutien entre pairs, apparaît comme une piste prometteuse. Inspirée du programme international Mental Health First Aid® (MHFA), la formation aux PSSM permet aux internes de :
- Repérer et écouter les collègues en situation de mal-être
- Déstigmatiser les troubles psychiques
- Orienter vers les ressources adaptées
Des expériences menées en Australie, en Angleterre et en Suisse, ont montré des effets bénéfiques sur la santé mentale des étudiants et la cohésion des équipes médicales.
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Comment cet impact est-il mesuré ?
L’étude PAESSM est une cohorte prospective monocentrique, c’est à dire une recherche scientifique qui suit, en temps réel et sur une année entière, un groupe spécifique de futurs médecins au sein du cycle d’internat de Lyon. Elle menée sur l’année universitaire 2025–2026 et compare :
- Un groupe intervention : composé d’internes de 1ère année, exposés à des pairs-aidants formés aux PSSM
- à un groupe contrôle : composé d’internes de 2ème année, non exposés au dispositif
Le bien-être mental sera mesuré grâce à plusieurs outils validés :
- Le WEMWBS (Warwick-Edinburgh Mental Well-Being Scale) pour mesurer le bien-être global
- La HAD (Hospital Anxiety and Depression Scale) pour évaluer l’anxiété et la dépression
- L’échelle de Karasek pour mesurer l’intensité du stress professionnel
Ce suivi s’inscrit dans le temps avec des évaluations régulières organisées tous les trois mois : à l’intégration (M0) puis à M3, M6, M9 et enfin à M12.
Quel est le calendrier de cette recherche ?
Le déploiement de l’étude PAESSM s’articule autour d’un planning précis qui a débuté en novembre 2025, par la présentation officielle du projet et l’inclusion des participants. Les questionnaires ont été lancés en décembre 2025. Voici les prochaines étapes :
- Février, mai, août 2026 : suivis intermédiaires (M3, M6, M9)
- Novembre 2026 : fin du recueil des données (M12) et bilan
- 2027 : analyses et valorisation des résultats
Vers une généralisation du dispositif ?
L’intégration d’une formation PSSM chez les internes en médecine représente une opportunité majeure pour renforcer la culture de la prévention et du soutien mutuel au sein du corps médical.
Un impact durable sur la pratique et le collectif
« Nous nous attendons à un bénéfice sur le bien-être, à une diminution du stress professionnel et à une réduction des symptômes anxieux et dépressifs chez les internes exposés »
Audrey Maillet, responsable pédagogique et scientifique PSSM France
Au-delà des effets individuels, cette initiative pourrait contribuer à :
- Déstigmatiser les troubles psychiques dans le milieu médical
- Mieux identifier les situations de détresse
- Renforcer la cohésion entre internes
- Améliorer les compétences relationnelles dans le soin
Vers un déploiement national de la pair-aidance en médecine ?
Si les résultats sont concluants, le dispositif pourrait être étendu à l’ensemble des promotions de la subdivision de Lyon, voire faire l’objet d’un déploiement national multicentrique sur l’ensemble du territoire.
Les partenaires de PAESSM
- Promoteur : Hospices Civils de Lyon (Direction de la Recherche en Santé)
- Investigateur principal : Dr Édouard Leaune, Service des Urgences Psychiatriques, Hôpital Édouard Herriot
- Partenaires scientifiques : InterSyndicale Nationale des Internes (ISNI), Premiers secours en santé mentale France, Université Lyon 1, CH Le Vinatier
- Partenaires financiers : ISNI, PSSM France, ARS Occitanie, Mutuelle Nationale des Hospitaliers
Contacts
Pour toute information complémentaire, vous pouvez contacter :
- Dr Édouard Leaune – Investigateur principal – Praticien Hospitalo-Universitaire, MD, PhD – Pôle Urgences Psychiatriques Hôpital Edouard Herriot 69003 LYON – Service universitaire de prévention du suicide CH le Vinatier – RESHAPE INSERM U1290 – Université Lyon 1
📧 edouard.leaune01@chu-lyon.fr
- Dr Guillaume Bailly – Président de l’Intersyndicale Nationale des Internes (ISNI) 2023-2024 – Médecine cardiovasculaire – Hôpital Saint Antoine 75012 PARIS
📧guillaume.bailly@isni.fr