« Le besoin d’appartenance fait partie de la condition humaine et il est particulièrement fort à cet âge. Être accepté favorise un sentiment de sécurité intérieure, alors que l’exclusion et le rejet génèrent de nombreux symptômes qui peuvent conduire à des problématiques de santé mentale »
Durée : 12 min 42Le pouvoir du regard des autres à l’adolescence
L’adolescence constitue un stade de développement essentiel, marqué par des transformations physiques, émotionnelles et sociales. Dans ce contexte, la perception et les réactions de l’entourage – qu’il s’agisse des camarades, des amis, des parents ou des enseignants – jouent un rôle majeur dans la construction de l’estime de soi.
Dans cet épisode intitulé « Mon entourage, mon miroir : comment les autres façonnent ma santé mentale ? »
le psychiatre Olivier Canceil, spécialiste de la santé mentale des adolescents, décrit de quelle manière l’entourage influence leur équilibre psychique. Il explique qu’un environnement bienveillant agit comme un véritable facteur protecteur, tandis qu’un climat dévalorisant, négatif ou excluant peut les fragiliser.
Pourquoi l’entourage compte tant à l’adolescence ?
L’adolescence : un âge sensible, en quête de reconnaissance
L’adolescence est une période de construction identitaire, de recherche de soi, de quête de sens et d’affirmation. Le regard des autres prend souvent le dessus sur celui des adultes : les encouragements, la reconnaissance, l’appartenance à un groupe deviennent des repères essentiels.
Comprendre le besoin d’appartenance
L’appartenance à un groupe rassure et donne un sentiment de sécurité au jeune. Elle permet de développer la confiance en soi. A l’inverse, le rejet provoque souvent un sentiment de solitude profond, d’incompréhension et de honte qui peuvent altérer l’équilibre psychique.
Ce besoin d’appartenance peut aussi pousser les adolescents à se conformer à des normes implicites. Surtout qu’à l’adolescence, l’apparence et la popularité pèsent lourdement. Les jeunes peuvent être tiraillés entre l’envie d’exprimer leur singularité et le besoin d’être acceptés. Cela peut générer des conflits identitaires.
L’adolescent a besoin de validation sociale que ce soit à la maison, à l’école ou dans le cercle d’amis. Lorsqu’il ne l’obtient pas, cette exclusion peut se transformer en mal être et évoluer vers des troubles plus profonds : anxiété chronique, troubles du sommeil, irritabilité, symptômes dépressifs, comportements à risque, voire pensées suicidaires.
Ces constats rejoignent les données de l’OMS : les troubles anxieux et dépressifs sont parmi les plus fréquents chez les adolescents.
Le rôle de l’entourage
Parents, éducateurs, proches : que pouvez-vous faire ?
Un entourage bienveillant est indispensable pour aider le jeune a surmonter cette pression sociale. Dans ce podcast, Olivier Canceil propose 5 conseils pour soutenir un jeune dans la construction d’une image positive de lui-même :
- Valoriser l’unicité de l’adolescent : reconnaître ses qualités personnelles : sensibilité, humour, talents,… sans comparaison. Encourager l’expression de soi via l’art, le sport et les projets personnels
- Favoriser des relations saines : encourager des amitiés basées sur le respect, l’écoute, la confiance. Aider l’adolescent à identifier les relations toxiques sans juger, en ouvrant un dialogue bienveillant
- Pratiquer l’écoute active et bienveillante : être disponible, sans être intrusif. Accueillir les émotions : « Tu as le droit de te sentir comme ça ». Reformuler pour montrer qu’on a compris, valider leur ressenti
- Encourager l’autonomie, la prise d’initiative, l’expression : laisser faire des choix, même imparfaits — cela renforce la confiance et l’estime de soi. Encourager les engagements, les projets, l’expression de leurs idées
- Être un modèle relationnel adulte crédible : montrer comment gérer les conflits, reconnaître ses erreurs, poser des limites, respecter l’autre. Cela leur donne un cadre sécurisant et humain
Ecoutez cet épisode du podcast pour approfondir le sujet et mieux comprendre comment l’entourage des adolescents peut façonner leur santé mentale.
Retranscription de l’épisode
Introduction
Bonjour et bienvenue sur Le Lien, parlons de la santé mentale de nos ados, un podcast co-réalisé par PSSM France et Parentalité Adolescence.
Vous êtes proche d’un adolescent et vous vous posez des questions sur sa santé mentale, ses émotions, son comportement, son mal-être, ou tout simplement sur la manière de mieux l’accompagner : ce podcast est fait pour vous.
Au fil de 12 épisodes courts, Olivier Canceil, spécialiste de la santé mentale des adolescents et des jeunes adultes et membre du conseil scientifique et pédagogique de PSSM France, répondra aux questions que se posent les adultes autour de la santé mentale des adolescents.
Aujourd’hui, on retrouve Olivier Canceil pour parler de l’influence de l’entourage sur la santé mentale des adolescents et de la manière dont les autres façonnent leur bien-être.
Sarah : Bonjour Olivier.
Olivier : Bonjour Sarah.
Sarah : Alors, on sait qu’à l’adolescence, le regard des autres est important.
Olivier : Le regard des pairs devient absolument essentiel — parfois même plus que celui des adultes. C’est un regard qui peut être valorisant et renforcer l’estime de soi, ou au contraire générer du doute, de la honte ou du rejet de soi lorsqu’il est dévalorisant. Les retours positifs, les encouragements, la reconnaissance, l’écoute… tout cela agit comme des facteurs protecteurs.
Il y a aussi la question de l’appartenance et de l’exclusion. Le besoin d’appartenance fait partie de la condition humaine, mais il est particulièrement fort à cet âge. Être accepté par ses pairs favorise un sentiment de sécurité intérieure, alors que l’exclusion et le rejet génèrent de nombreux symptômes qui peuvent conduire à des problématiques de santé mentale : anxiété sociale, isolement, dépression, comportements à risque, etc.
Et évidemment, il y a les normes sociales, la pression de conformité. Les jeunes sont très sensibles aux normes implicites : l’apparence, le genre, la réussite, la popularité… Ils voudraient être uniques, reconnus comme tels, tout en s’habillant exactement comme les autres — ce qui désespère parfois leurs parents.
Ils sont tiraillés entre la reconnaissance de leur singularité et le besoin d’appartenir au groupe en se conformant aux stéréotypes sociaux qui les entourent.
Il existe une pression à “rentrer dans le moule” pour ne pas être trop en décalage et risquer d’être harcelé.
C’est un équilibre très complexe entre ces deux extrêmes. Et bien sûr, tous les conflits identitaires génèrent du mal-être, voire des troubles du comportement.
Appartenir à un groupe apporte aussi un soutien émotionnel, une validation et une sécurité interne. C’est important.
Sarah : Justement, comment un environnement négatif peut-il affecter durablement la santé mentale d’un ado ?
Olivier : Les normes culturelles jouent un rôle important, notamment du côté des parents. Dans notre culture française, le renforcement positif n’est pas très naturel. Valoriser le positif, reconnaître les progrès… ce n’est pas spontané, contrairement aux pays anglo-saxons où les encouragements et la validation sont fréquents.
Pourtant, cette validation fait du bien, même si elle paraît artificielle. Les adolescents peuvent dire, comme Bourvil dans Le Corniaud, « Ma mère me trouve le plus beau du monde, mais c’est ma mère. » Ils savent que c’est subjectif, mais cela leur fait quand même du bien de l’entendre.
Un environnement défavorable peut provoquer de l’anxiété, et quand cette anxiété devient chronique, cela se transforme en stress, avec troubles du sommeil, irritabilité, symptômes dépressifs. La dévalorisation est un facteur de risque de pensées suicidaires ou de tentatives de suicide.
Le stress chronique finit par avoir des répercussions physiques à l’âge adulte : système immunitaire affaibli, problèmes cardiovasculaires, prise de poids, comportements à risque…
La résistance au stress est un capital qui peut s’épuiser. Grandir dans un environnement serein est donc largement préférable.
Sarah : Très bien, merci beaucoup. Quels conseils pouvez-vous donner aux parents et aux éducateurs pour soutenir un jeune dans la construction d’une image positive de lui-même à travers ses relations ?
Olivier : Il faut valoriser l’unicité du jeune : reconnaître et nommer ses qualités personnelles — créativité, humour, sensibilité, etc.
Éviter les comparaisons : chaque adolescent a son propre rythme de croissance et de développement.
Encourager l’expression de soi, sous toutes ses formes : artistique, sportive, etc. Créer des occasions pour qu’il se sente compétent et unique.
Encourager les relations saines, non pas en critiquant ses amis, mais en valorisant celles qui semblent mieux pour lui. Lui apprendre à repérer les relations respectueuses : écoute, réciprocité, confiance.
Parler des limites à poser dans les relations : le droit de dire non, l’éducation au consentement.
Valoriser les amitiés positives.
Questionner les relations qui paraissent toxiques, sans juger : essayer de comprendre ce qu’elles lui apportent.
Adopter une écoute active et bienveillante : être disponible sans être intrusif — « Si tu veux en parler, je suis là. »
Accueillir les émotions sans les minimiser : « Tu as le droit de te sentir comme ça. »
Reformuler pour montrer qu’on a compris : « Tu as l’impression d’être mis à l’écart, c’est bien ça ? »
Sarah : Et mettre des mots sur ce qu’ils ressentent, ça les aide.
Olivier : Oui. Et cela leur permet de vérifier qu’on a bien compris leur message, et ça valide leur ressenti.
On peut aussi être un modèle relationnel : montrer comment on gère les conflits, comment on demande pardon, comment on reconnaît ses limites. Les parents ont le droit de reconnaître qu’ils se trompent : c’est rassurant pour les adolescents, cela les aide à nous voir comme des partenaires humains.
Favoriser l’autonomie, la prise d’initiative : laisser faire des choix, même imparfaits.
Encourager les prises de parole, les engagements, les projets personnels, voire une forme de militance ou d’implication associative.
Question d’un parent
Sarah : Nous arrivons à la dernière question, un message laissé par un parent sur notre répondeur.
Parent : Bonjour, je vous appelle concernant mon fils adolescent qui, depuis quelques semaines, fréquente un nouveau groupe d’amis au collège. Sa maman et moi constatons que depuis ce moment-là, il y a des sujets de friction, des disputes plus fréquentes à la maison, des incompréhensions qui n’existaient pas avant. On se demande s’il y a un sujet de santé mentale et si cela peut être en lien avec ces nouvelles fréquentations.
Olivier : Je ne pense pas que cela suffise à provoquer une problématique de santé mentale : en général, c’est multifactoriel.
Ici, il y a les enjeux classiques de l’adolescence : construction identitaire, besoin d’appartenir à un groupe, opposition aux parents.
Si cela va à l’encontre des principes éducatifs familiaux, c’est normal que les parents aient quelque chose à en dire.
L’essentiel est de restaurer un dialogue de qualité, pour assurer sa sécurité affective et relationnelle.
Ces amis parlent peut-être mal, mais ils lui offrent peut-être aussi un soutien, une compréhension, des moments agréables.
Tant qu’il n’y a pas d’accès à des substances illicites, de comportements transgressifs majeurs ou de prises de risques, on reste dans des changements de codes sociaux.
L’objectif est de comprendre ce que lui apportent ces amis, et en parallèle de lui rappeler les règles familiales concernant le respect et la communication.
Sarah : Très bonne réponse. Merci beaucoup Olivier. Merci d’avoir écouté cet épisode. En complément, nous vous invitons à consulter les Carnets du secouriste en santé mentale disponibles sur le site de PSSM France. Vous pouvez également vous former au secourisme en santé mentale, et plus particulièrement au module PSSM Jeune.
Pour aller plus loin
- Retrouver tous nos épisodes du podcast Le Lien
- Lire notre article : L’impact des réseaux sociaux sur la santé mentale des jeunes
- Lire notre article : Prévenir les troubles psychiques dès l’adolescence : le module PSSM Ados arrive en France
- Consulter notre dossier spécial : La santé mentale des jeunes