Au cœur d’une société où le mal-être se fait plus pressent, S.O.S Amitié défend une mission aussi rare qu’essentielle : l’écoute centrée sur la personne, anonyme et inconditionnelle. 23 bénévoles de l’antenne iséroise ont récemment enrichi leurs connaissances en se formant aux Premiers secours en santé mentale, grâce au fonds solidaire de PSSM France.


Dans ce nouveau rendez-vous de notre rubrique « Une discussion avec… » nous partons à la rencontre de Catherine Tigrid, Directrice de S.O.S Amitié pour le département de l’Isère et secouriste en santé mentale.
Elle nous ouvre les coulisses d’une association où chaque appel est une rencontre, et où l’écoute des bénévoles devient un espace libre et attentionnel.
Quelles sont les missions de S.O.S Amitié ?
La mission fondamentale de S.O.S Amitié, en Isère comme partout en France, est d’accorder une écoute active et inconditionnelle à toute personne qui le souhaite. Ce sont bien souvent des personnes en souffrance. L’écoute se fait par téléphone, chat ou messagerie.
Notre engagement repose sur quatre piliers indissociables : l’anonymat, la confidentialité, la neutralité (aconfessionnelle et apolitique) et l’absence de jugement.
Nos bénévoles – écoutants tentent de créer un lien de confiance avec chaque appelant. L’objectif est simple et peut être vital : permettre à l’appelant de déposer sa parole. Se sentir écouté et entendu va contribuer à «desserrer l’angoisse ».
Une posture d’écoute, un temps de rencontre et d’humanité partagée
Nous ne sommes ni des conseillers, ni des secouristes. Ce n’est pas notre rôle. Nous ne donnons pas de directives. Notre écoute est un espace où chaque personne traversant une période difficile ou une crise peut se sentir pleinement entendue et reconnue dans sa douleur.
« J’apparente l’écoute à un art. Les échanges qui se tissent, l’attention portée à la personne qui cherche à créer la rencontre, nécessitent des postures sensibles, que l’on cultive et que l’on améliore sans cesse. Chaque appel est une découverte : c’est un moment toujours nouveau, toujours différent »
Catherine Tigrid, Directrice S.O.S Amitié Isère et secouriste en santé mentale
La gestion de l’urgence et du risque suicidaire
Le risque suicidaire est le seul cas où le bénévole peut, éventuellement, « agir ». Face à une personne prête à passer à l’acte, nous lui proposons de lever son anonymat ce qui ne peut être fait qu’avec son accord. Dans ces situations de crise extrême, nous tentons d’organiser avec son accord, une intervention d’urgence avec le 15. L’écoutant reste alors en ligne, présent jusqu’au bout, tout en alertant les secours pour assurer une prise en charge immédiate. Ces modalités d’interventions particulières, incluant des appels dit « inquiétants », font aussi partie de la formation des bénévoles.
Les pensées suicidaires parlons-en !
Écoutez notre podcast pour apprendre à aider les personnes ayant des pensées suicidaires, lisez notre article « comment savoir si une personne à des pensées suicidaires » et téléchargez le carnet de secouriste sur ce thème.
Comment S.O.S Amitié participe à la déstigmatisation de la santé mentale ?
L’accueil inconditionnel est premier levier de déstigmatisation : nous recevons la parole de tout le monde, sans aucune exception. Cet espace est particulièrement libérateur car la personne qui nous appelle est, à cet instant, affranchie du regard social.

Un espace de liberté
La garantie absolue de l’anonymat et de la confidentialité permet aux appelants de livrer des pensées ou des émotions qu’ils n’osent parfois pas aborder avec leur entourage ou même des professionnels de santé. Notre écoute sans jugement accueille toutes les souffrances, y compris les plus taboues. Leur parole est totalement protégée, c’est pourquoi notre action est précieuse.
L’accueil de la souffrance dans toute sa complexité
Des détresses psychiques profondes s’expriment parfois par de la colère, voire de l’agressivité. Nos bénévoles sont formés et accompagnés pour prendre du recul et poser si nécessaire des limites, toujours avec bienveillance.
Finalement, la plus belle preuve de cette déstigmatisation, c’est d’entendre fréquemment à la fin d’un échange : « Merci, vous m’avez vraiment écouté, c’est exactement ce que j’essayais de dire ».
Notre priorité est l’apaisement. L’essentiel est que la personne en détresse sente une présence humaine avec elle et une attention forte pour elle.
Quelles ressources aimeriez-vous partager avec nos secouristes ?
S.O.S Amitié peut parfois renseigner un appelant qui demandent des ressources. Chaque bénévole dispose d’un répertoire de numéros d’urgence et de structures spécialisées, comme les situations de violences faites aux femmes, la protection de l’enfance, l’hébergement et la précarité ou l’inceste.
De plus, nous travaillons en étroite coopération avec le 3114 (numéro national de prévention du suicide). Cette synergie est fluide : nous pouvons les solliciter lorsqu’une situation nous semble trop tendue. Si, de leur côté, le 3114 estime qu’une personne n’est pas en état de crise aiguë mais a plutôt besoin de parler d’exprimer son mal-être, la personne est alors orientée vers notre écoute.
Quel est votre retour sur la formation PSSM suivie grâce au fonds solidaire ?
L’adhésion de nos bénévoles a été immédiate et massive. Il y a eu de nombreuses demandes dès que nous avons su que nous étions éligibles au fonds solidaire de PSSM France. Aujourd’hui, près de la moitié de nos effectifs de bénévoles écoutants en Isère (23 personnes) a bénéficié de ce cursus.
« Sans le soutien financier du fonds solidaire, le coût de la formation aurait été un frein pour la plupart de nos bénévoles »
Catherine Tigrid, Directrice S.O.S Amitié Isère
Une formation appéciée pour sa flexibilité
Les retours de nos bénévoles sont unanimes : c’est un succès total. La diversité des formats proposés (lieux, dates, formateurs) a été très appréciée. Nos écoutants ont pu choisir entre les modules « Standard » ou « Jeunes » – ce dernier étant particulièrement attractif pour nos bénévoles qui assurent l’écoute par chat ou par messagerie, avec un public plutôt jeune.
L’apport pédagogique : la méthode AÉRER©
J’ai trouvé cette formation passionnante de bout en bout. Elle permet de véritablement approfondir les différentes « façons d’être au monde » grâce à des exemples concrets et des supports visuels très interactifs.
La mise en pratique via des jeux de mises en situation autour de la méthode AÉRER© est un point fort. C’est une approche structurée et solide pour mieux appréhender les besoins de la personne en détresse. Le manuel PSSM constitue également une base documentée détaillée et précieuse.
La richesse du collectif
Au-delà du contenu, l’expérience humaine a été très enrichissante. J’étais dans un groupe hétérogène, composé de personnes venant d’horizons professionnels variés, ce qui permet de croiser les regards sur la santé mentale.
Vous êtes une association ou un collectif citoyen reconnu d’intérêt général et vous avez plusieurs collaborateurs qui souhaitent se former aux PSSM ? Vous avez la possibilité de faire une demande collective d’éligibilité au fonds solidaire.
Pour aller plus loin
- Consultez les numéros d’urgence proposés par S.O.S Amitié
- Lire notre article : Une discussion avec… Nightline
- Lire notre article : Face à une personne en crise suicidaire : « Dites Je Suis Là »
- Découvrez notre dossier spécial sur tous les acteurs clés de la santé mentale