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La consommation de drogues
Les addictions aux drogues incluent des réalités très diverses, selon les substances consommées, les modes d’usage et les personnes concernées. Cannabis, cocaïne, opioïdes, amphétamines, médicaments détournés ou autres drogues illicites peuvent avoir des effets importants sur la santé physique, mentale et sur la vie sociale des consommateurs.
Si l’alcool reste la substance la plus consommée en France, d’autres drogues peuvent provoquer des problèmes de santé et entraîner des troubles liés à l’usage de substances.
Cet article propose un aperçu des principales drogues consommées en France, de leurs effets et de leurs risques, ainsi que des pistes pour comprendre et accompagner les personnes concernées.
Pour en savoir plus sur les mécanismes des addictions et ses conséquences, lire notre article dédié
Définition : addiction et dépendance
On parle d’addiction lorsqu’une personne perd le contrôle de sa consommation, avec un risque de rechute et de conséquences négatives sur sa vie. L’addiction résulte de plusieurs facteurs combinés : certaines vulnérabilités personnelles (génétiques ou psychologiques) et un environnement qui favorise la consommation – comme par exemple, des maltraitances durant l’enfance, un entourage qui consomme ou encore, la facilité d’accès à la substance.
Le craving est un symptôme typique de l’addiction. Il s’agit une pulsion, d’une envie incontrôlable de reproduire, contre sa volonté, l’expérience à la base de la conduite addictive (consommer une substance ou exécuter un comportement/une activité gratifiante). Cette pulsion est soulagée par la prise du produit ou la reprise de l’activité concernée. Cet état peut durer des années, même après un sevrage.
La dépendance quant à elle se caractérise par un besoin puissant, compulsif voire irrépressible de consommer. Le DSM IV la définit comme « une tolérance accrue, une consommation compulsive, une perte de contrôle et un usage continu malgré des problèmes physiques et psychologiques causés ou exacerbés par la substance ». Celle-ci est notamment mise en évidence lors de l’arrêt brutal de la consommation de la substance prise régulièrement : on parle du syndrome de sevrage.
Une personne dépendante peut consacrer beaucoup de temps et d’énergie autour de son besoin de consommation (recherche du produit, consommation, récupération de ses effets).
« Le cerveau s’habitue, les circuits de récompense se mettent en place, il y a une tolérance et au bout d’un moment l’addiction en elle-même. C’est à dire la perte de contrôle »
Olivier Canceil, psychiatre et membre du conseil scientifique et pédagogique de PSSM France
Toutes les consommations n’entraînent pas systématiquement une dépendance, mais certaines évoluent vers un trouble lié à l’usage de substances (DSM V) avec des conséquences importantes sur la santé, l’humeur, la vie sociale ou professionnelle. Dans les formes les plus sévères — que l’on appelle addiction — la drogue prend une place centrale et finit par éclipser les autres aspects de la vie : relations familiales, activités, études ou travail.
Qu’est-ce qu’un abus de drogue ?
On parle d’abus de drogue lorsque la consommation perturbe le fonctionnement ou génère des conséquences négatives pour la personne et/ou son entourage. Ce n’est pas seulement la quantité ou la fréquence d’usage qui l’indique, mais surtout son impact sur la vie quotidienne : santé, relations, études, travail ou activités.
Pourquoi consommer de la drogue ?
La consommation de drogues s’inscrit souvent dans une tentative de soulager une souffrance psychique ou émotionnelle. Elle peut avoir plusieurs causes. Des problèmes familiaux ou sociaux, des difficultés de vie, de l’anxiété ou un trouble mental (comme la dépression) sont des exemples de situations qui peuvent conduire certaines personnes à rechercher un apaisement ou une échappatoire. Certaines personnes ne savent pas précisément pourquoi elles prennent de la drogue.
Si les drogues peuvent procurer une réponse immédiate à la détresse psychologique, le soulagement est généralement de courte durée et tend à aggraver les difficultés sur le long terme.
Chez les adolescents et les jeunes adultes, la consommation peut également être influencée par un groupe d’amis, un désir d’intégration ou par une simple curiosité. Certaines drogues sont alors banalisées ou associées à un contexte festif, ce qui peut conduire à une minimisation des risques.
Comment reconnaitre un usage problématique ?
Il n’est pas toujours évident de reconnaître un usage problématique, pour plusieurs raisons : les effets de la drogue varient d’un individu à l’autre – la seule consommation de drogue n’est pas toujours problématique – certains signes peuvent être confondus avec d’autres difficultés, comme l’anxiété, ou une dépression. On considère qu’il s’agit d’un usage problématique lorsque la consommation de drogue a des conséquences négatives sur l’utilisateur et/ou son entourage.
Les drogues les plus consommées et leurs effets
Le cannabis (marijuana)
Le cannabis est la substance illicite la plus consommée en France. Selon l’Assurance Maladie, en 2023, 50,4 % des adultes âgés de 18 à 64 ans déclaraient avoir déjà consommé du cannabis au cours de leur vie.
Le cannabis est une plante contenant des substances psychoactives, dont le THC (delta-9-tétrahydrocannabinol), son principal principe actif. Le THC est présent à des concentrations variables dans les feuilles, les tiges, les fleurs hachées et séchées, (“herbe”) et dans la résine (“haschich”).
Quels sont les effets du cannabis ?
Les effets du cannabis dépendent de la quantité de THC consommée. La consommation de cannabis peut :
- Perturber les résultats scolaires ou les performances professionnelles,
- Augmenter le risque d’accidents (si elle est associée à la conduite),
- Provoquer des anomalies dans certaines parties du cerveau en cas d’usage régulier et prolongé
La consommation de cannabis est associée à un risque plus élevé de troubles psychiques, comme l’anxiété ou la dépression. Il est toutefois difficile de savoir si ces troubles apparaissent avant la consommation ou s’ils sont favorisés par celle-ci.
Chez les adolescents et jeunes adultes, l’usage de cannabis augmente le risque de développer une schizophrénie, surtout chez les personnes ayant des antécédents personnels ou familiaux de cette maladie.
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Les opioïdes (y compris l’héroïne)
Quels sont les effets des opioïdes ?
Les médicaments détournés de leur usage médical
Certains médicaments prescrits pour l’anxiété, les troubles du sommeil ou la douleur peuvent être utilisés en dehors de leur usage médical, dans le but de se droguer. Ce détournement de médicaments comporte des risques importants, par exemple lorsqu’une personne conduit sous leur effet.
Parmi les médicaments les plus concernés figurent les opioïdes, des antidouleurs puissants comme le tramadol, l’oxycodone, la morphine ou le fentanyl, ainsi que les traitements de substitution aux opiacés, comme la méthadone et la buprénorphine.
Selon l’association Addictions France, environ 12 millions de personnes en France (soit près d’une personne sur six) reçoivent chaque année une prescription d’antalgiques opioïdes. Entre 2011 et 2023, près de 6 000 décès par surdose d’opioïdes auraient été recensés.
Même lorsqu’ils sont pris conformément à une prescription médicale, certains médicaments peuvent entraîner une dépendance après une utilisation prolongée. Les personnes âgées sont particulièrement à risque, avec une augmentation des chutes et des troubles de la mémoire ou de la concentration en cas d’usage prolongé.
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La cocaïne
Selon l’Assurance Maladie, la cocaïne est le produit illicite le plus consommé en France après le cannabis. En effet, la proportion des personnes âgées de 18 à 64 ans ayant déjà consommé de la cocaïne a fortement augmenté, passant de 5,6 % en 2017 à 9,4 % en 2023.
La cocaïne est un stimulant très addictif. Environ 17% des consommateurs en sont dépendants. Bien que certaines personnes perçoivent la cocaïne comme une drogue « moderne », les gens l’utilisent depuis plus d’un siècle, et les feuilles de coca dont elle provient se consomment depuis des milliers d’années.
Quels sont les effets de la cocaïne ?
La cocaïne provoque une sensation intense d’euphorie et d’énergie. La dépendance peut apparaître rapidement, parfois après seulement quelques consommations. À long terme, son usage peut entraîner des troubles comme l’anxiété, la dépression, la paranoïa ou l’agressivité, et, dans certains cas, des troubles psychotiques liés à la consommation.
Les amphétamines (y compris la méthamphétamine)
Les amphétamines sont des substances stimulantes qui augmentent temporairement l’énergie et l’état d’éveil. Lorsque leurs effets s’estompent, elles peuvent entraîner une grande fatigue, de l’irritabilité, de l’agitation, un état dépressif et une augmentation de l’appétit.
Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) , en 2023, les saisies de MDMA/ecstasy ont fortement augmenté en France. En 2023, les autorités ont interceptés plus de 4 millions de comprimés (ou leur équivalent en poudre), soit une hausse de 164 % par rapport à 2022.
Les amphétamines existent sous différentes formes : poudre, comprimés, gélules, cristaux ou liquide. La méthamphétamine, aussi appelée ice, est chimiquement proche mais plus puissante, avec des effets pouvant durer 6 à 8 heures. Après l’euphorie initiale, la personne peut devenir agitée et adopter des comportements violents.
Quels sont les effets des amphétamines ?
À fortes doses, la consommation d’amphétamines peut provoquer une grande anxiété, de la paranoïa, de l’agressivité et des troubles psychotiques. Lors de l’arrêt, une dépression temporaire peut apparaître. Dans certains cas, la consommation peut entraîner un trouble psychotique lié aux amphétamines ou « trouble psychotique du speed », avec des hallucinations, des idées délirantes et un comportement violent difficile à contrôler. Ces épisodes disparaissent généralement lorsque les effets de la drogue se dissipent, mais peuvent réapparaître en cas de nouvelle consommation.
Pour mieux comprendre les troubles psychotiques, téléchargez notre carnet du secouriste ou écouter notre podcast sur ce thème
Les autres drogues : hallucinogènes, ecstasy, substances inhalées
Il existe de nombreuses autres drogues consommées en France. Parmi elles figurent les hallucinogènes, comme le LSD ou les champignons dits « magiques », qui modifient la perception de la réalité et peuvent provoquer des illusions ou des hallucinations.
L’ecstasy (MDMA), souvent consommée dans un contexte festif, associe des effets stimulants et hallucinogènes. Son usage peut avoir des conséquences durables sur le cerveau et la santé mentale.
Certaines personnes consomment également des substances inhalées, comme les solvants, les gaz ou le poppers. Leurs vapeurs peuvent provoquer une sensation passagère d’euphorie, mais elles peuvent aussi endommager le cerveau et d’autres organes.
Ces substances sont variées et parfois facilement accessibles, mais elles présentent toutes des risques pour la santé physique et mentale.
Le tabac
Le tabac est une substance très consommée, particulièrement chez les personnes présentant des troubles psychiques. Les fumeurs ont environ deux fois plus de risques de développer des troubles anxieux que les non-fumeurs. Le tabac, en tant que stimulant, peut aggraver ces troubles et créer une dépendance.
Le tabagisme est aussi très fréquent chez les personnes souffrant de troubles psychotiques puisqu’environ deux tiers d’entre elles fument. Il constitue un facteur important de mauvaise santé physique. Pour certaines personnes, le tabac peut avoir un effet temporairement « auto-thérapeutique », en améliorant brièvement l’humeur ou la concentration, sans pour autant traiter les difficultés sous-jacentes.
5 idées reçues sur la consommation de drogues
- Les drogues dites “douces” ne sont pas dangereuses
Faux. Toute consommation de drogue comporte des risques. Dans le langage courant, on entend souvent parler de « drogues douces » pour désigner des produits supposés moins addictifs. En réalité, il n’existe aucun critère scientifique qui distingue formellement les « drogues douces » des « drogues dures ». Qu’elles soient licites ou illicites, ce n’est pas le type de drogue qui permet aux professionnels de santé d’en évaluer le danger, mais la manière dont elle est consommée : dose, fréquence, contexte, vulnérabilités individuelles… - On peut s’arrêter quand on veut
Faux. L’addiction modifie le cerveau et crée des comportements compulsifs. Arrêter une drogue, surtout opioïdes, cocaïne ou amphétamines, peut être très difficile, même si la personne le souhaite. Un accompagnement médical ou psychologique est souvent nécessaire pour réussir un sevrage en toute sécurité. - La cocaïne est une drogue « de riches »
Faux. Bien que cette image ait existé par le passé, la cocaïne se consomme aujourd’hui dans tous les milieux sociaux. Selon l’Assurance Maladie, l’expérimentation de cette substance illicite a fortement augmenté ces dernières années chez les adultes, y compris chez les plus de 25 ans. - Les médicaments sur ordonnance ne créent pas de dépendance
Faux. Certains médicaments, comme les anxiolytiques, somnifères ou antidouleurs puissants (opioïdes), peuvent provoquer une dépendance même lorsqu’ils sont pris selon la prescription. Le détournement ou l’usage prolongé comporte des risques pour la santé physique et mentale, et certaines populations, comme les personnes âgées, sont particulièrement vulnérables. - Les drogues aident à mieux gérer le stress ou les émotions
Faux. Certaines personnes consomment des drogues pour se sentir mieux, calmer l’anxiété ou oublier leurs difficultés. Si ces substances peuvent procurer un soulagement temporaire, elles n’améliorent pas les problèmes de fond et peuvent même les aggraver, en favorisant la dépendance et en augmentant les troubles psychiques ou physiques.
Addictions : où trouver de l’aide ?
Les addictions aux drogues recouvrent des situations très différentes d’une personne à l’autre et l’accompagnement doit être adapté à chaque situation. Pour certaines personnes, l’abstinence peut être un objectif – pour d’autres, l’enjeu est surtout de réduire leur consommation ou de reprendre le contrôle.
Comprendre les mécanismes, les risques et les facteurs sociaux liés aux drogues permet de mieux repérer les situations à risque et d’orienter les personnes concernées vers une aide adaptée. Pourtant, elles ont souvent du mal à envisager une aide.
De nombreux professionnels peuvent intervenir : médecins généralistes, professionnels de santé mentale, centres d’addictologie, associations spécialisées ou structures dédiées. Si une personne souhaite être accompagnée mais ne sait pas vers qui se tourner, le premier réflexe est de consulter un médecin généraliste. Celui-ci pourra l’orienter vers une structure spécialisée en addictologie ou vers un professionnel de santé mentale si nécessaire.
Plusieurs services d’aide existent en France. La liste de ces structures est disponible sur le site de l’Assurance Maladie.
Pour aller plus loin
- Lire notre article Comprendre les addictions : définition, mécanismes et conséquences
- Lire notre article Alcool : comment réduire sa consommation ?
- Lire notre carnet du secouriste en santé mentale : mieux comprendre le trouble lié à la consommation d’alcool
- Écouter notre podcast « Apprendre à Aider » sur les troubles liés à la consommation d’alcool
- Écouter notre podcast « Le Lien » sur les mécanismes de l’addiction chez un adolescent
- Lire notre article Comprendre la dépression : définition, symptômes et signes d’alerte
- Consulter le site alcool info service pour s’informer et évaluer sa consommation
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