Télécharger notre carnet du secouriste pour mieux comprendre le trouble lié à la consommation d’alcool
Écouter nos podcasts sur ce thème

Les troubles addictifs, ou addictions, représentent aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique. Longtemps associés uniquement à l’alcool ou aux drogues, ils incluent désormais des comportements comme les jeux d’argent et les jeux vidéo.
Quel que soit le produit ou le comportement concerné, une caractéristique domine : la perte de contrôle, qui finit par perturber le quotidien, la santé physique, l’équilibre psychique et la vie sociale. Les dernières données publiées par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) montrent une évolution préoccupante des usages : une augmentation de la consommation de cocaïne, une hausse des jeux d’argent, tout en soulignant les défis persistants liés à l’alcool, le tabac et le cannabis.
Dès lors, plusieurs questions se posent : comment une consommation occasionnelle peut-elle devenir problématique ? Comment s’installe une addiction et quelles sont les conséquences sur le quotidien ?
Cet article propose de répondre à ces questions à partir d’explications claires, pour mieux comprendre le fonctionnement des addictions, leurs mécanismes et leurs conséquences.
Qu’est-ce qu’une addiction ?
Selon la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives : « les addictions concernent le tabac (nicotine), l’alcool, le cannabis, les opiacés (héroïne, morphine), la cocaïne, les amphétamines et dérivés de synthèse. Parmi les addictions sans substance, seul le jeu pathologique (jeux de hasard et d’argent) est cliniquement reconnu comme une dépendance comportementale dans les classifications diagnostiques internationales (DSM 5) ».
L’OMS a toutefois reconnu en 2019 le trouble du jeu vidéo (gaming disorder) comme « une pathologie comportementale caractérisée par une perte de contrôle, une priorité accrue donnée au jeu au détriment d’autres activités, et une poursuite du comportement malgré ses conséquences négatives ».
Définition et repères essentiels
Les troubles addictifs désignent l’ensemble des dépendances qui se caractérisent par une perte de contrôle, une envie irrépressible et la poursuite du comportement malgré ses conséquences négatives.
On distingue donc deux grandes formes d’addictions : les addictions aux substances et les addictions dites sans substance ou comportementales. Malgré des manifestations différentes, ces deux formes d’addictions reposent sur des mécanismes communs :
- perte de contrôle
- répétition du comportement malgré les dommages
- altération du fonctionnement personnel, social ou professionnel
Addictions en France
Quelles sont les tendances actuelles ?
Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives, la consommation de psychostimulants poursuit sa hausse. En effet, au cours des 12 derniers mois, 1,1 million de Français âgés de 11 à 75 ans ont consommé de la cocaïne, et 750 000 de l’ecstasy/MDMA.
De la même manière, les jeux d’argent et de hasard connaissent une popularité croissante, avec 24 millions de joueurs en 2025. Le cannabis reste pour sa part la substance illicite la plus consommée, avec 900 000 usagers quotidiens.
À l’inverse, la consommation quotidienne d’alcool et de tabac continue de diminuer en France. Une tendance encore plus marquée chez les jeunes de 17 ans, malgré la progression du vapotage.
Comment une addiction s’installe ?
Comprendre les mécanismes de la perte de contrôle
Toutes les personnes qui consomment une substance ne développent pas nécessairement un trouble addictif. Les troubles liés à l’utilisation d’une substance apparaissent lorsque des vulnérabilités (biologiques, psychologiques ou sociales) se combinent à une consommation régulière ou excessive. Il faut souligner qu’un trouble lié à l’usage d’une substance se caractérise avant tout par une perte de contrôle :
« C’est-à-dire quand une substance qu’on utilisait jusqu’alors, un peu comme tout le monde, […] commence à déborder. On se rend compte qu’on s’était donné des limites… et puis une fois qu’on a commencé à boire par exemple, on ne peut plus s’interrompre »
Jean-Michel Delile, président de la Fédération Addiction et psychiatre
Peut-on être addict sans consommer tous les jours ?
Oui. L’addiction n’est pas une question de fréquence. Il s’agit surtout des répercussions que cette consommation entraîne sur la vie de la personne et sur celle de ses proches.
Les critères pour repérer un trouble lié à l’usage d’une substance
Un trouble addictif est défini lorsqu’au moins 2 critères (sur les 11 suivants) sont présents dans les 12 derniers mois :
- Consommer plus que prévu
- Passer beaucoup de temps autour du produit : que ce soit pour s’en procurer, le consommer ou récupérer de ses effets
- Vouloir réduire sans y parvenir
- Ressentir une envie très forte, voire compulsive de consommer (craving)
- Problèmes au travail, en famille ou à l’école dus à la consommation, négligence des responsabilités ou de l’entourage
- Continuer malgré les conflits
- Abandonner des activités importantes
- Consommer dans des situations dangereuses
- Continuer malgré les dommages physiques ou psychiques
- Tolérance : besoin d’augmenter les doses
- Sevrage : malaise physique ou psychique quand on arrête
Télécharger notre carnet du secouriste sur ce thème pour mieux comprendre le trouble lié à la consommation d’alcool
Addictions et troubles psychiques : un lien étroit et bidirectionnel
Les troubles psychiques augmentent le risque d’addiction
Certaines pathologies rendent plus vulnérable aux addictions. Plus précisément, les troubles addictifs sont très fréquemment associés à des troubles dépressifs, bipolaires, anxieux, psychotiques. C’est également le cas des troubles de la personnalité (état-limite ou « borderline » en particulier).
Quelques chiffres illustrent ce lien :
- 30 à 50 % des consommateurs présentent aussi des troubles anxieux ou dépressifs
- 40 % des personnes bipolaires présentent un trouble addictif au cours de leur vie.
- un trouble lié à la consommation de cannabis concerne environ 1 personne sur 2 atteinte de schizophrénie
Consommer pour soulager les émotions négatives : le piège de l’automédication émotionnelle
Beaucoup de personnes consomment pour soulager un mal-être, calmer leur anxiété ou atténuer des émotions douloureuses. Mais ce soulagement temporaire laisse souvent place à une aggravation des problèmes psychiques, des difficultés relationnelles, financières ou professionnelles.
On parle donc d’un phénomène bidirectionnel : les troubles psychiques augmentent le risque d’addiction, et l’addiction, à son tour, peut renforcer ou déclencher des troubles psychiques. Chaque problème influence l’autre, en augmente la fréquence et la sévérité.
Écouter nos podcasts sur ce thème
5 idées reçues sur les addictions
- 1. « L’addiction, c’est juste un manque de volonté »
C’est faux. L’addiction est un trouble complexe qui implique des mécanismes biologiques, psychologiques et sociaux. Le cerveau se modifie sous l’effet des substances ou des comportements, rendant le contrôle de plus en plus difficile. La volonté ne suffit pas.
- 2. « On peut arrêter du jour au lendemain si on le veut vraiment »
Certaines personnes parviennent à s’arrêter du jour au lendemain, mais pour beaucoup, l’arrêt entraîne des symptômes de sevrage, une souffrance psychique ou physique, et nécessite un accompagnement professionnel.
- 3. « On est addict seulement quand on consomme tous les jours »
Faux. La fréquence ne définit pas l’addiction. Une personne peut ne consommer que le week-end, mais perdre le contrôle, ressentir un manque psychologique, ou subir des conséquences négatives tout aussi graves.
- 4. « L’addiction, c’est uniquement avec l’alcool ou la drogue »
Faux. Les addictions concernent aussi les jeux d’argent, l’hypersexualité, les achats compulsifs, les écrans, ou encore le travail. On parle alors d’addictions comportementales ou d’addictions sans substance.
- 5. « Une addiction, ça se voit forcément »
Faux. Beaucoup de personnes cachent ou minimisent leur consommation. Les addictions peuvent être socialement invisibles, notamment pour l’alcool, les médicaments ou les jeux d’argent.
Addictions : vers quels professionnels se tourner ?
Divers professionnels de santé peuvent apporter leur aide aux personnes souffrant de troubles liés à une addiction. Si une personne ne sait pas quoi faire face à sa situation, encouragez-la à aller consulter tout d’abord un médecin généraliste.
En effet, celui-ci pourra alors l’orienter vers une structure spécialisée dans les problèmes de d’addictions, ou l’adresser à un professionnel de la santé mentale (si elle présente d’autres troubles psychiques).
Pour aller plus loin
- Lire notre article Comprendre la dépression : définition, symptômes et signes d’alerte
- Lire notre article Alcool : comment réduire sa consommation ?
- Lire notre carnet du secouriste en santé mentale : mieux comprendre le trouble lié à la consommation d’alcool
- Écouter notre podcast « Apprendre à Aider » sur les troubles liés à la consommation d’alcool
- Écouter notre podcast « Le Lien » sur les mécanismes de l’addiction chez un adolescent
- Consulter le site alcool info service pour s’informer et évaluer sa consommation
- Vous souhaitez apprendre à aider en vous formant au secourisme en santé mentale ? Cliquez ici pour en savoir plus