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La Ferme du Vinatier est un lieu culturel unique dont le nom s’enracine directement dans son histoire : un ancien bâtiment agricole entièrement rénové et transformé en espace de création et d’exposition culturelles.

Au quotidien, ce service culturel du Centre Hospitalier le Vinatier – acteur de référence spécialisé en psychiatrie – est animé par une équipe engagée dont Coline Rogé.
Cheffe de projet culture et secouriste en santé mentale, elle nous explique les coulisses, les engagements et la philosophie de ce lieu singulier.
Comment la Ferme du Vinatier utilise-t-elle l’art pour déstigmatiser la santé mentale et créer du lien social ?
Notre but est de développer la politique culturelle du Vinatier à travers des projets artistiques ouverts à tous : les patients, les membres du personnel et les habitants de la ville. L’objectif est de créer du lien avec l’extérieur via nos projets et grâce à nos partenaires institutionnels et territoriaux.
Faire vivre l’art au sein d’un hôpital psychiatrique est une façon de déstigmatiser la santé mentale et de favoriser la créativité de personnes qui, dans leur parcours de vie, s’en sont éloignées. Et puis, on ne reste pas patient toute sa vie ! L’idée étant que les personnes qui participent à nos projets culturels pendant leur hospitalisation, s’autorisent à pousser les portes de lieux culturels une fois qu’ils retournent à leur domicile.
Comment s’organisent vos activités culturelles à l’année, que ce soit à la Ferme du Vinatier ou au sein de vos sites extramuros ?
Nous portons 4 grands projets par an que nous mettons en œuvre directement à la Ferme du Vinatier. Nous organisons également 2 festivals par an : Les scènes de rencontre « Au cœur de tes oreilles » en juin, et « Noël au balcon » en décembre.
En parallèle, nous travaillons avec tous les services de soin du Vinatier, certains en intramuros, sur le site historique du Vinatier situé à Bron, et d’autres en extramuros, répartis dans 7 des 9 arrondissements de Lyon et les communes alentours.
Certains services sont éloignés géographiquement du site de Bron, d’autres peuvent être des unités fermées, ou semi-pénitentiaires, ce qui peut rendre la dynamique de projet plus compliquée. C’est pourquoi nous avons développé le dispositif Éclats d’art.
Le dispositif Éclats d’art
Il s’agit d’une une déclinaison interne au Vinatier du programme régional Culture et Santé. L’équipe de la Ferme du Vinatier accompagne les équipes de soin à porter des projets culturels sur leurs territoires respectifs. Nous gérons environ 10 projets par an sous cette forme (montage du budget, gestion de projet), mais ce sont les équipes respectives de chaque site qui rencontrent les artistes et les acteurs culturels locaux.
Quoiqu’il en soit, chacune de nos initiatives répondent à un cahier des charges précis, avec des projets définis dans le temps, et qui débouchent toujours sur une production artistique finale (un spectacle, une édition ou un film) avec des restitutions publiques. Un livret qui retrace les aventures de l’année est également remis à tous les participants et partenaires pour en garder une trace.
Enfin, nos partenariats permettent d’animer les services de soin de l’hôpital. Par exemple, 6 musiciens et 1 danseuse du Conservatoire de Lyon interviennent toute l’année scolaire auprès de notre service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent pour permettre aux jeunes patients de pratiquer la musique comme ils le feraient en situation scolaire.
Consulter notre dossier spécial « Art et santé mentale »
Comment s’articule la programmation de votre salle d’exposition ?
La programmation de notre salle d’exposition s’articule autour de quatre axes majeurs :
- La valorisation des artistes : présenter l’univers et le travail des professionnels (photographes, plasticiens, etc.) avec lesquels nous collaborons pour mettre en avant leur démarche globale, au-delà de leur simple rôle d’intervenant dans des projets d’action culturelle.
- La mise en lumière des projets : exposer les productions restitutions des projets portés par la Ferme du Vinatier ou des projets Éclat d’art (une fois présentées hors les murs) pour valoriser la créativité collective et donner envie à d’autres de développer ce type d’initiative.
- L’accueil de partenaires du territoire dont les projets font sens :
- La Biennale Hors Normes, qui expose tous les deux ans une sélection d’œuvres d’art singulier, attirant un public de passionnés par l’art brut.Pôle en Scènes, qui propose régulièrement des « midis culture », programmations hors les murs, à la Ferme du Vinatier. Lors du festival Karavel, leurs danseurs interviennent également en services de soin pour adolescents, proposent des répétitions publiques et présentent leur travail. Nous en profitons ensuite pour concevoir une exposition photo liée à la danse, qui éclaire ce temps fort de la ville.
- L’association Espace Pandora, qui organise deux festivals littéraires avec des soirées ouvertes au grand public, aux habitants et aux patients au sein de la Ferme du Vinatier.
- Les expositions sociétales : Plus rares car coûteuses et chronophages, ce sont de grandes expositions annuelles qui questionnent l’institution psychiatrique. Nous avons par exemple exploré « la place du vêtement comme signe d’identification à l’hôpital », en interrogeant par exemple la pertinence du port du pyjama en psychiatrie lorsque le soin n’est pas organisé autour du lit.
La Ferme est aussi un lieu d’accueil pour les artistes extérieurs. Comment cela fonctionne-t-il ?
Nous recevons de plus en plus de demandes de compagnies ou d’artistes (amateurs ou professionnels) qui cherchent des espaces de création, de recherche ou d’écriture. Lorsque nos locaux ne sont pas occupés par nos propres activités, nous choisissons de leur mettre l’espace à disposition. Nous leur demandons simplement une contrepartie concrète au bénéfice des usagers de l’hôpital.
Quelles sont ces contreparties et quels bénéfices apportent-elles aux participants ?
Les contreparties s’adaptent au projet de la compagnie et se déclinent sous trois formes :
- Une représentation en exclusivité : si le spectacle est terminé – et qu’il n’aborde pas de thématiques en lien avec des troubles psychiques ou des violences qui auraient pu être vécus par les patients – les artistes se produisent lors de nos temps forts ou de nos festivals.
- Des interventions en services de soin : si la thématique du spectacle est trop lourde ou le travail non finalisé, les artistes proposent des ateliers de sensibilisation (théâtre, danse) ou des mini-concerts directement dans les services. Cela représente 70 interventions par an, un format extrêmement attendu par les patients… et les équipes de soin !
- Les « Fenêtres ouvertes sur la création » : Les artistes ouvrent les portes de leurs répétitions les vendredis après-midi pour partager leur processus de travail.
Vous et votre équipe êtes formés aux premiers secours en santé mentale. En quoi est-ce utile dans votre quotidien de médiation culturelle ?
Effectivement, je suis formée et j’ai proposé cette démarche à toute mon équipe. Il me semble indispensable d’acquérir les réflexes et les premiers gestes de secours en santé mentale. La formation permet aussi de reconnaître ses propres limites et de savoir si l’on est apte ou non à aider à un instant T, car c’est parfois une question d’état personnel plus que de compétences.
À la Ferme du Vinatier, nous côtoyons des personnes en situation de mal-être, mais qui sont stabilisées. Nous ne faisons pas face à des situations de crise aiguë. Cependant, savoir comment réagir et disposer d’outils concrets au cas où une difficulté survient reste précieux.
Durant nos ateliers artistiques, il y a toujours une personne de notre équipe présente. Si un participant ne se sent pas bien, nous savons exactement comment l’accompagner. Personnellement, cette formation me permet de me sentir beaucoup plus outillée et légitime pour réagir au quotidien.
L’art et la santé mentale au cœur des SISM 2026
Cet entretien résonne tout particulièrement avec la thématique des Semaines d’Information sur la Santé Mentale (SISM) 2026, consacrée au lien entre création artistique et mieux-être psychique. À travers sa programmation, la Ferme du Vinatier incarne parfaitement cette synergie en montrant comment les pratiques artistiques partagées brisent l’isolement, favorisent l’inclusion et transforment le regard de la société sur les troubles psychiques.
Pour aller plus loin
- Consulter notre dossier spécial « Art et santé mentale »
- Lire l’Interview du Dr Blanc, psychiatre et créateur Pop & Psy
- Vous aussi, formez-vous aux Premiers secours en santé mentale
- Vous souhaitez en savoir plus sur la santé mentale ? Consultez nos articles d’information pour vous éclairer sur le sujet sur notre page dédiée