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En cas d’urgence
Vous vous sentez en souffrance ? Vous avez besoin d’une aide immédiate ? Appelez le 15 ou le 3114. 3114 est le numéro national de prévention du suicide. Accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. L’appel est gratuit et confidentiel. En savoir plus.

En France, on recense chaque année environ 9 000 suicides, soit 25 décès par jour. Derrière ces chiffres, ce sont des milliers de familles, de collègues et de proches qui se demandent comment repérer la détresse et comment réagir à temps.
Contrairement aux idées reçues, le passage à l’acte est rarement soudain. Face aux pensées suicidaires, la plupart des personnes ne souhaitent pas vraiment mourir : elles cherchent avant tout à faire cesser une souffrance devenue insupportable. Et il est possible d’intervenir : le suicide peut être évité.
Comment reconnaître la souffrance d’un proche ? Quelles questions poser et quelle attitude adopter pour offrir une écoute bienveillante ? Quels sont les professionnels à contacter ? Découvrez notre guide pratique pour apprendre à repérer les signaux d’alerte et soutenir une personne en crise suicidaire.
À retenir en 30 secondes
– Prenez toujours ses paroles au sérieux
– Écoutez sans juger
– Posez la question directement
– Ne la laissez pas seule si le danger est immédiat
– Contactez le 3114 ou les secours selon l’urgence
Quels sont les signes qu’une personne a des idées suicidaires ?
Qu’est-ce qu’une crise suicidaire ?
Une personne ayant des idées suicidaires envisage le suicide comme une solution pour mettre fin à une souffrance psychique devenue insupportable. Les idées suicidaires peuvent être passagères ou s’inscrire dans une crise suicidaire nécessitant une prise en charge rapide.
Le développement des idées suicidaires s’inscrit dans la durée. Pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, la personne cherche à résoudre des difficultés personnelles, relationnelles ou professionnelles. C’est lorsque ces tentatives d’apaisement échouent répétitivement que la douleur devient écrasante.
« Devant ces solutions qui ne fonctionnent pas, la souffrance psychique s’amplifie jusqu’à ce qu’elle devienne insupportable. Et pour essayer de s’extraire de cette souffrance, il y a la tentative de suicide »
Christophe Debien, psychiatre au CHU de Lille, 3114 & VigilanS
Cette durée moyenne de six mois peut présenter une opportunité de prévention : elle offre une fenêtre d’action pour repérer les signaux d’alerte et intervenir avant le passage à l’acte.
Suicide : quels signaux d’alerte ?
Dans votre entourage (amis, famille, collègues, partenaires de sport,…), une personne en souffrance n’osera pas toujours verbaliser son mal-être par peur de vous inquiéter. Il est donc fondamental d’observer les changements d’attitude :
- Rupture avec le comportement habituel : isolement soudain, éloignement des proches ou de la société, désintérêt pour les activités appréciées, repli sur soi ou, au contraire, irritabilité et colère inhabituelles
- Propos ou écrits évocateurs : expressions autour de la mort, du sentiment d’être un fardeau : « Vous seriez mieux sans moi », « De toute façon, ça ne sert plus à rien », parler ou écrire à propos de son décès ou du suicide
- Conduites à risque : augmentation de la consommation d’alcool ou de substances, menacer de se faire du mal ou de se tuer
- Sentiment de désespoir : ressentir de l’anxiété, de l’agitation ou une somnolence permanente. Manifester du désespoir, ne plus avoir de but dans la vie – Exprimer de la rage, de la colère ou de la vengeance. Se sentir piégé comme s’il n’y avait pas d’issue
Selon le psychiatre Christophe Debien, les recherches actuelles montrent qu’il y a des perturbations majeures du sommeil dans les trois jours qui précèdent un passage à l’acte.
Quels sont les facteurs de risque suicidaire ?
Une crise suicidaire résulte souvent de la combinaison d’événements de vie difficiles. Par exemple :
- Une rupture amoureuse, un deuil, une perte d’emploi, des difficultés financières, du harcèlement, un burn-out, des violences physiques ou sexuelles, une exposition à un suicide, une maladie psychique…
L’accumulation de facteurs peut être vécue comme insurmontable par une personne en grande souffrance.
Comment repérer le risque de suicide en milieu agricole ?
Le monde agricole fait face à une augmentation du nombre de suicides depuis plusieurs années. L’Agence nationale de santé publique estime qu’un nouveau cas de suicide chez les agriculteurs surviendrait tous les deux jours. Comment lutter contre le suicide dans le monde agricole ? Lisez notre article pour en savoir plus.
Une personne suicidaire peut-elle être sauvée ?
Oui. Avec une écoute adaptée, une prise en charge rapide et un accompagnement professionnel, il est possible d’éviter un passage à l’acte.
D’après le psychiatre Christophe Debien, la plupart des personnes ayant des idées suicidaires ne souhaitent pas réellement mourir. Elles cherchent avant tout à mettre fin à une souffrance psychique devenue insupportable. C’est pourquoi il est essentiel de prendre toute expression de détresse au sérieux et d’agir dès les premiers signes. Une intervention précoce peut faire toute la différence.
Que dire à une personne qui parle de suicide ?
Lorsqu’une personne évoque le suicide, il est naturel de craindre de dire quelque chose de maladroit. Pourtant, le plus important est d’oser engager la conversation avec bienveillance, sans jugement et sans minimiser sa souffrance. Une écoute attentive et des questions adaptées peuvent l’aider à se sentir comprise et ouvrir la voie vers une aide appropriée.
Faut-il poser la question directement ?
Oui. Demander à une personne si elle pense au suicide n’augmente pas le risque de passage à l’acte. Au contraire, cette question peut lui offrir un espace sécurisé pour exprimer ce qu’elle traverse et permettre d’évaluer le niveau d’urgence de la situation.
Le psychiatre Christophe Debien rappelle que mettre des mots sur les idées suicidaires est souvent un véritable soulagement pour la personne. Poser la question, c’est déjà agir.
Télécharger notre carnet du secouriste « Aider une personne ayant des idées et comportements suicidaires » pour mieux comprendre le risque suicidaire
Poser la question des pensées suicidaires ne fait pas passer à l’acte
La seule façon de savoir si quelqu’un pense au suicide, c’est de lui poser directement la question d’une façon neutre et sans jugement. Vous pouvez lui dire : « Est-ce qu’il t’arrive de penser au suicide ? », « As-tu des idées suicidaires en ce moment ? ».
Évitez les formulations qui culpabilisent ou qui suggèrent la réponse, comme : « Tu ne vas pas faire ça quand même ? » ou « Tu n’y penses pas vraiment, si ? ».
Les recommandations de MHFA® International montrent que parler ouvertement du suicide n’incite pas une personne à passer à l’acte. Au contraire, cela favorise le dialogue et permet d’orienter la personne vers une aide adaptée. Voici quelques conseils issus de ces recommandations :
Nos conseils : que dire ou ne pas dire à une personne suicidaire ?
La posture à adopter : écoute empathique et non-jugement
Face à la révélation d’idées suicidaires, il est normal de ressentir de la peur ou de l’inquiétude. L’important est de rester calme, bienveillant et d’offrir une écoute attentive. Cela facilitera la suite de l’échange.
« Il faut l’avoir vécu au moins une fois pour le comprendre. Quand on a des idées suicidaires, à qui les raconte-t-on ? Puis quelqu’un avec qui je ne suis pas engagé émotionnellement, fait preuve d’empathie et ose me poser ce mot-là. Je ressens alors une forme de soulagement. Et je vous assure, ça se voit sur le visage des gens. C’est anxiolytique »
Christophe Debien, psychiatre au CHU de Lille, 3114 & VigilanS
Il est possible que la personne que vous souhaitez aider se fasse du mal en ayant recours à l’automutilation, sans pour autant avoir des pensées suicidaires. Le carnet du secouriste en santé mentale « Mieux comprendre les automutilations non suicidaires » pourra vous aider à l’accompagner.
Quelles sont les actions concrètes pour mettre la personne en sécurité ?
Évaluer l’urgence de la situation
Prenez au sérieux toute idée de suicide. Ne minimisez pas les pensées suicidaires de la personne en les considérant comme une « recherche d’attention » ou un « appel à l’aide ». Déterminez l’urgence de la situation en fonction de la reconnaissance des signes d’alerte du suicide. Interrogez la personne sur les questions qui touchent à sa sécurité immédiate :
- Si la personne a un scénario suicidaire
- Comment elle a l’intention de se suicider ; posez-lui des questions directes sur la manière et le lieu prévus
- Si elle a choisi une date
- Si elle a déjà entrepris des actions pour assurer son scénario suicidaire
- Si elle a déjà utilisé des médicaments ou de l’alcool. L’intoxication entraîne une augmentation du risque de
passage à l’acte en cas de pensées suicidaires - Si elle a déjà tenté ou planifié un suicide dans le passé
Si la personne dit qu’elle entend des voix, demandez ce que ces voix lui disent. Ceci est important, dans le cas où les voix ont un rapport avec les pensées suicidaires actuelles.

Il est également utile de savoir quels sont les soutiens de la personne :
- La personne a-t-elle partagé son ressenti avec quelqu’un ?
- La personne a-t-elle traversé des changements professionnels, sociaux ou familiaux ?
- A-t-elle reçu un traitement pour des troubles psychiques ou une maladie ?
Le risque de passer à l’acte est plus élevé chez les personnes qui ont un plan de suicide précis, les moyens de le réaliser, une date fixée et l’intention de le faire. Toutefois, l’absence de plan de suicide ne suffit pas
à garantir sa sécurité.
Assurer la sécurité de la personne
Après avoir identifié un risque suicidaire, vous devez agir pour assurer la sécurité de la personne. Une personne suicidaire ne doit pas rester seule. Si vous pensez qu’il existe un risque de passage à l’acte immédiat en raison de pensées suicidaires, agissez rapidement, même si vous n’êtes pas sûr. Agissez avec la personne plutôt que seul, pour assurer sa sécurité, afin d’éviter le suicide.
Rappelez à la personne que les pensées suicidaires ne doivent pas nécessairement être mises en action. Rassurez la personne en lui disant qu’il existe d’autres solutions que le suicide pour résoudre ses problèmes ou faire face à la situation.
Lorsque vous parlez à la personne, concentrez-vous sur ce qui la protège pour le moment, plutôt que sur ce qui la met en danger. Pour assurer sa sécurité, élaborez avec elle un plan de sécurité. Faites participer la personne autant que possible aux décisions concernant le plan de sécurité. Toutefois, ne partez pas du principe qu’un plan de sécurité suffit à lui seul à assurer sa sécurité.
Comment établir un plan de sécurité en cas de risque suicidaire avéré ?
Orientations et professionnels à contacter
Même si la personne concernée par des pensées suicidaires se confie à vous, ne supposez pas que la situation s’améliorera d’elle-même ou que la personne cherchera de l’aide toute seule.
Vous pouvez aider la personne en l’encourageant à obtenir une aide professionnelle appropriée dès que possible. En l’accompagnant dans sa recherche et dans ses démarches si elle le souhaite, par exemple en appelant une ligne l’écoute ou en allant avec elle à un rendez-vous. Pour cela, vous pouvez l’informer des ressources disponibles qui peuvent répondre à ses problèmes (à choisir en fonction du degré d’urgence) :
- Le médecin traitant : souvent le point de contact de proximité essentiel pour évaluer la situation
- Le 3114 (Numéro national de prévention du suicide) : Ligne gratuite, confidentielle et accessible 24/7.
- Les services d’urgences comme le SAMU
- Les hôpitaux ou établissements de santé mentale
Témoignages, outils et ressource complémentaire
Écouter notre podcast Apprendre à aider sur les pensées suicidaires. Dans cet épisode, et à travers des témoignages de secouristes en santé mentale et d’experts du sujet, nous vous aidons à accompagner une personne ayant des idées et comportements suicidaires.
Vous aussi, vous pouvez apprendre à aider en devenant secouriste en santé mentale. Cliquez ici pour en savoir plus.
Retrouvez les questions les plus fréquentes sur le risque suicidaire
Est-ce que poser la question du suicide risque d’inciter la personne à passer à l’acte ?
Non. Toutes des études cliniques et les retours de terrain montrent que poser la question clairement et avec empathie permet de soulager la personne. Cela lui offre un espace sécurisé pour verbaliser sa souffrance sans se sentir jugée.
Que faire si un proche en détresse refuse catégoriquement d’être aidé ?
Ne restez pas seul avec cette responsabilité. Vous pouvez vous-même appeler le 3114 pour demander conseil à un professionnel de santé. Il vous guidera sur la meilleure posture à adopter et sur les démarches possibles selon le niveau de risque évalué.
Pourquoi certaines personnes souhaitent se suicider ?
La majorité des personnes confrontées aux pensées suicidaires ne souhaitent pas mourir : elles cherchent avant tout à échapper à une souffrance devenue insupportable et à soulager des émotions impossibles à gérer.
La crise suicidaire résulte souvent d’une accumulation de difficultés. Submergée, la personne peut estimer que sa situation est sans espoir, se sentir inutile ou être convaincue que ses proches se porteraient mieux sans elle. Lorsque ses tentatives pour aller mieux échouent, le suicide lui apparaît à tort comme la seule option pour stopper la douleur. Comprendre ce mécanisme permet d’aborder sa détresse sans jugement.
Comment trouver une hotline d’écoute pour prévenir le suicide en France ?
En France, plusieurs lignes d’écoute gratuites, anonymes et confidentielles sont accessibles pour apporter une aide immédiate :
– Le 3114 (Numéro National de Prévention du Suicide) : Accessible 24h/24 et 7j/7, gratuit et confidentiel. Vous échangez directement avec des professionnels de santé (infirmiers ou psychologues) formés à l’évaluation et à l’intervention en situation de crise suicidaire.
– Suicide Écoute (01 45 39 40 00) : Une ligne d’écoute téléphonique dédiée spécifiquement à la prévention du suicide, assurée par des bénévoles formés, 24h/24 et 7j/7.
Que faire si la personne me demande de promettre de ne rien dire ?
Vous ne devez jamais accepter de garder secret un projet ou un risque de suicide. Si la personne vous demande une telle chose, vous devez refuser tout en lui expliquant pourquoi. Par exemple : « je tiens trop à toi pour garder un tel secret, tu as besoin d’aide et je suis là pour t’aider à en trouver ». Si elle vous interdit de partager des informations sur ses pensées suicidaires, vous devrez peut-être ne pas respecter sa décision, afin d’assurer sa sécurité.
Traitez la personne avec respect et restez toujours honnête avec elle. Dîtes-lui dire que vous devez agir tout de même. Gardez en tête qu’il vaut mieux qu’elle soit en colère contre vous plutôt que de la perdre à cause d’un suicide.
5 points essentiels à retenir :
– Les idées suicidaires doivent toujours être prises au sérieux
– Poser la question n’encourage pas le passage à l’acte
– L’écoute est le premier geste d’aide
– Le 3114 est disponible 24h/24 et 7j/7
– En cas de danger immédiat, contactez les secours
Pour aller plus loin
- Pour tout savoir sur le fonctionnement et les coulisses de la ligne nationale d’écoute, lisez notre article : Une discussion avec… le 3114
- Découvrez également notre échange sur les réflexes d’accompagnement : Face à une personne en crise suicidaire : « Dites Je Suis Là »
- Pour approfondir les problématiques spécifiques aux adolescents et jeunes adultes, consultez notre article dédié : Pensées suicidaires : les jeunes de plus en plus concernés
- Pour comprendre la détresse en milieu professionnel agricole, découvrez nos ressources sur la prévention du suicide dans le monde agricole
Photo ©Eloïse Bajou – Papageno programme