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Le monde agricole fait face à une augmentation du nombre de suicides depuis plusieurs années. Santé Publique France estime qu’un nouveau cas de suicide chez les agriculteurs surviendrait tous les deux jours. Comment lutter contre le suicide dans le monde agricole ?
Agriculteur : un métier particulièrement exposé aux souffrances psychiques
Raisons du mal-être et du suicide dans le monde agricole
Apiculture, céréalier, éleveur, viticulteur… Les professions de la filière agricole sont davantage exposées aux situations stressantes que d’autres professions, notamment celles du secteur tertiaire :
- Incertitudes concernant la gestion de leur exploitation (passage en agriculture biologique, entretien de l’infrastructure, réseau de distribution, nécessité de maintenir une bonne condition physique, qualité de la récolte…)
- Aléas climatiques, sanitaires ou économiques (inondations, canicule, grippe aviaire, inflation qui change les habitudes de consommation des ménages…)
- Charge de travail considérable (journées à rallonge, absence de jours de repos, gestion administrative…)
- Conciliation de la vie professionnelle et de la vie familiale
Selon plusieurs études parues ces dernières années, les éleveurs bovins sont la population « la plus en surrisque » de crise suicidaire parmi les agriculteurs.
NON au suicide comme dernier recours
Longtemps tabou, le mal-être des agriculteurs se révèle ces dernières années. La parole se libère notamment à travers des témoignages d’agriculteurs qui osent lever le voile sur les situations de solitude et de détresse vécues.
Malgré un relai médiatique important et des actions mises en place par le gouvernement, les régions ou les acteurs de l’agriculture, le mal-être agricole persiste.
“Son troupeau, c’était sa fierté ! La malchance l’a poursuivi cette année : un gel sur sa double culture, la banque qui ne veut pas suivre malgré de petits crédits d’encours, des voisins pas très sympas… Tout cela l’aura emporté dans un moment de grande solitude. Adieu mon collègue, repose en paix. »1
Patrice – Secouriste en santé mentale
Le sentiment d’isolement face aux problèmes rencontrés ainsi que le manque de reconnaissance sont toujours dénoncés par les agriculteurs.

Ainsi, le quotidien des agriculteurs et ses multiples facteurs de stress favorisent le développement de l’anxiété, des addictions et plus couramment de la dépression. Sans accompagnement adapté, une personne concernée par un ou plusieurs de ces troubles pourra présenter un risque accru de crise suicidaire sur le moyen-long terme.
“Le passage à l’acte c’est parfois quelques heures avant, où il y a une goutte d’eau qui fait déborder le vase. Cette goutte d’eau va précipiter cette solution de « Comment je peux faire pour m’extraire de cette souffrance ? En n’étant plus là. »
Docteur Christophe Debien – Responsable déploiement du 3114. Extrait du podcast : Apprendre à aider les pensées suicidaires
En 2021, la Mutualité sociale agricole (MSA) a contribué à réaliser une étude comparative du risque de mortalité par suicide entre les assurés agricoles et les assurés de l’ensemble des régimes de protection sociale.
Selon cette étude, les personnes de 15 à 64 ans souffrant d’une dépression ont un risque de suicide multiplié par 12,6 par rapport à l’ensemble de la population des consommants du régime agricole de la même tranche d’âge.
Prévention du suicide dans le monde agricole : ressources disponibles
La prévention du suicide est un enjeu majeur de la politique de santé publique agricole. Depuis 2021, la plateforme Agri’écoute est dédiée au monde agricole et rural en souffrance est disponible.

Pour se connecter sur le site agriecoute.fr, il est nécessaire de saisir un identifiant et un mot de passe unique :
Identifiant : monespaceagriecoute
Mot de passe : AGRIECOUTE
Pour accompagner et aider une personne qui a des pensées suicidaires, il existe d’autres ressources, non spécialisés dans le secteur de l’agriculture mais néanmoins très utiles :
- Le numéro national de prévention du suicide 3114
- La plateforme Dites Je Suis Là
- Le carnet du secouriste en santé mentale : mieux comprendre une personne ayant des idées et des comportements suicidaires
Comment accompagner un membre de la communauté agricole en souffrance ? Au-delà des dispositifs d’écoute dédiés, chacun peut devenir un relais de prévention. Retrouvez notre guide pratique sur les signaux d’alerte et la posture à adopter face au risque suicidaire.
La pertinence des PSSM dans le secteur agricole
Une reconnaissance institutionnelle : la recommandation de l’IGAS
La pertinence des Premiers secours en santé mentale dans le secteur agricole est officiellement reconnue au plus haut niveau de l’État. Dans son rapport de capitalisation sur la « Feuille de route pour la prévention du mal-être et pour l’accompagnement des agriculteurs et des salariés agricoles », Daniel Lenoir, inspecteur général honoraire des affaires sociales, souligne l’importance du secourisme en santé mentale.
La recommandation n° 19 du rapport préconise explicitement de déployer et de généraliser la formation PSSM auprès des acteurs du monde agricole (réseaux d’accompagnement, conseillers, pairs-aidants et professionnels en contact avec les exploitants) afin de mieux repérer les signaux de détresse et d’intervenir précocement face au risque suicidaire.
Les pensées suicidaires, parlons-en ! Découvrez l’épisode 3 de notre podcast Apprendre à aider pour mieux comprendre les idées suicidaires
Pour aller plus loin
- Comment aider une personne qui a des pensées suicidaires ? Retrouvez les conseils du psychiatre Christophe Debien sur les réflexes à adopter pour mieux agir
- Pour tout savoir sur le fonctionnement et les coulisses de la ligne nationale d’écoute, lisez notre article : Une discussion avec… le 3114
- Découvrez également notre échange sur les réflexes d’accompagnement : Face à une personne en crise suicidaire : « Dites Je Suis Là »
- Pour approfondir les problématiques spécifiques aux adolescents et jeunes adultes, consultez notre article dédié : Pensées suicidaires : les jeunes de plus en plus concernés