Télécharger notre carnet du secouriste sur ce thème
La schizophrénie est une maladie psychique encore mal comprise, qui concerne près de 23 millions de personnes dans le monde. Elle peut bouleverser le quotidien, aussi bien pour la personne touchée que pour ses proches, en provoquant des hallucinations, des idées délirantes ou un repli sur soi. Face à ces changements, il est souvent difficile de savoir quoi penser, comment réagir et vers qui se tourner.

Cet article vous aide à mieux comprendre la schizophrénie, à repérer ses symptômes, à connaître ses causes possibles et à découvrir comment accompagner et soutenir un proche, tout en dépassant les idées reçues.
Qu’est ce que la schizophrénie ?
Selon le manuel MSD , la schizophrénie est une maladie mentale caractérisée par la perte de contact avec la réalité (psychose), des hallucinations (en général, le fait d’entendre des voix), de fausses croyances auxquelles la personne croit fermement (délires), des troubles de la pensée et du comportement, des expressions émotionnelles diminuées, une diminution de la motivation, un déclin de la fonction mentale (cognition), et un fonctionnement anormal dans la vie quotidienne, qu’il s’agisse du travail, des relations sociales ou des soins personnels.
La schizophrénie appartient à la famille des troubles psychotiques, c’est à dire, des troubles de santé mentale marqués par une altération de la perception de la réalité. Ils peuvent fortement perturber le quotidien : difficultés à interagir avec les autres, à travailler ou à maintenir une vie sociale et personnelle stable.
En France, la schizophrénie concerne environ 600 000 personnes, aussi bien des hommes que des femmes. Selon l’INSERM, elle serait plus fréquemment observée chez les personnes vivant en milieu urbain et chez celles ayant un parcours migratoire.
« Pour les gens, la schizophrénie est liée à l’imprévisibilité, à la dangerosité, ce qui est faux. Globalement, il y a plus de danger pour la personne qui a une schizophrénie que pour son entourage »
Pr Nicolas Franck – Chef du pôle centre rive gauche psychiatrie adultes au Vinatier
Impact sur la vie quotidienne
La schizophrénie, comme les autres troubles psychotiques, peut entraîner d’importantes difficultés dans la vie de tous les jours. Elle influence à la fois le comportement, la pensée et les émotions. Concrètement, cela peut se traduire par :
- un repli sur soi, des difficultés relationnelles ou parfois de l’agressivité,
- des hallucinations (entendre ou voir des choses qui ne sont pas perçues par les autres) ou des idées délirantes,
- des réactions émotionnelles inhabituelles, parfois en décalage avec la situation.
Ces symptômes peuvent rendre plus compliqués les études, le travail, les relations sociales et la vie familiale.
Les troubles psychotiques, comme la schizophrénie restent encore souvent mal compris et stigmatisés. Pourtant, mieux comprendre ce que vit une personne concernée est essentiel pour pouvoir l’accompagner avec bienveillance et dépasser les idées reçues. Chaque situation est différente : la fréquence et l’intensité des symptômes varient d’une personne à l’autre. C’est pourquoi l’avis d’un professionnel de santé est recommandé.
Podcast Apprendre à aider : les troubles psychotiques
Causes de la schizophrénie
Facteurs génétiques et environnementaux
À ce jour, il n’existe pas de cause unique pour expliquer la schizophrénie. Les chercheurs s’accordent plutôt sur une combinaison de facteurs génétiques et environnementaux. Autrement dit, certaines personnes peuvent avoir une vulnérabilité familiale ou biologique, qui, associée à des événements de vie stressants (difficultés sociales, isolement, traumatismes, consommation de substances…), peut favoriser l’apparition du trouble.
Des facteurs psychologiques et sociaux peuvent également influencer l’évolution de la maladie et l’intensité des symptômes. Dans certains cas plus rares, un épisode psychotique peut survenir brutalement après un accouchement, dans les premières semaines suivant la naissance. Cette situation nécessite une prise en charge médicale rapide, car l’état de la mère et celui du bébé peuvent se dégrader rapidement sans traitement.
Par ailleurs, plusieurs études dont celle de l’INSERM, montrent qu’une consommation importante de cannabis augmente le risque de développer un trouble psychotique, notamment chez les jeunes. Un usage régulier avant 18 ans pourrait doubler le risque de schizophrénie.
« La schizophrénie, ça commence à l’adolescence ou chez l’adulte jeune. La plupart des gens entrent dans la schizophrénie entre l’âge de 15 et l’âge de 25 ans. Mais ça peut arriver plus tard ou exceptionnellement plus tôt »
Pr Nicolas Franck – Chef du pôle centre rive gauche psychiatrie adultes au Vinatier
Symptômes de la schizophrénie
La schizophrénie est un trouble de santé mentale dont les symptômes peuvent être très variés, ce qui rend parfois le diagnostic difficile. Certains signes peuvent ressembler à ceux d’autres troubles psychiques, comme la dépression, les troubles anxieux ou les troubles bipolaires. Cette ressemblance peut retarder l’identification du trouble et compliquer la prise en charge.
De plus, la schizophrénie ne s’installe généralement pas du jour au lendemain. Les symptômes apparaissent souvent progressivement, parfois sur plusieurs mois ou plusieurs années : changements de comportement, isolement, difficultés de concentration, méfiance inhabituelle… Ces premiers signes peuvent passer inaperçus ou être mal interprétés.
C’est pourquoi le diagnostic est parfois posé tardivement, plusieurs années après les premières manifestations.
En savoir plus sur les troubles de santé mentale
3 signes et symptômes fréquents de la schizophrénie
Les troubles psychotiques, comme la schizophrénie, peuvent se manifester de différentes façons. Les changements ne sont pas toujours spectaculaires au début : ils peuvent être progressifs et discrets, ce qui les rend parfois difficiles à repérer.
1. Changements des émotions et de la motivation
La personne peut sembler plus triste, anxieuse, irritable ou méfiante qu’à son habitude. Elle peut aussi paraître indifférente, avoir moins d’énergie, perdre l’envie de faire des activités qu’elle appréciait ou constater des changements d’appétit et de motivation.
2. Changements des pensées et de la perception
Des difficultés de concentration ou d’attention peuvent apparaître. Certaines personnes décrivent une impression étrange, comme si elles-mêmes, les autres ou le monde autour d’elles avaient changé.
Il peut aussi y avoir des perceptions inhabituelles, par exemple entendre, voir ou sentir des choses que les autres ne perçoivent pas, ou ressentir les sons, les odeurs ou les couleurs plus fortement que d’habitude.
3. Changements de comportement
Le quotidien peut devenir plus compliqué : troubles du sommeil, isolement, repli sur soi, baisse des performances scolaires ou professionnelles, difficultés à maintenir des relations sociales.
“Les secouristes en santé mentale ne vont pas favoriser le rétablissement qui est au long cours, mais ils vont aider dans l’instant des personnes à ne pas aller vers une mauvaise décision ou une rupture avec ce dont elles ont besoin. Ca peut être des soins ou simplement solliciter de l’aide auprès de son entourage, des services sociaux, des dispositifs médico-sociaux…“
Pr Nicolas Franck- Chef du pôle centre rive gauche psychiatrie adultes au Vinatier
Comment encourager une personne à consulter un professionnel de santé ?
Seul un professionnel de santé peut poser un diagnostic. Cependant, un secouriste en santé mentale ou un proche peut jouer un rôle essentiel en repérant les signes d’alerte, en adoptant une attitude bienveillante et en orientant la personne vers de l’aide, notamment grâce à la méthode AERER© apprise en formation PSSM. Pour encourager une personne à consulter, vous pouvez lui rappeler que :
- ses difficultés peuvent s’améliorer avec un accompagnement adapté
- plus la prise en charge est précoce, plus elle est efficace
- consulter ne signifie pas forcément être hospitalisé : de nombreux suivis se font en ambulatoire
- demander de l’aide est un signe de courage, pas de faiblesse
Télécharger notre carnet du secouriste sur les troubles psychotiques
3 idées reçues sur la schizophrénie
La schizophrénie reste encore mal comprise et souvent stigmatisée. Pourtant, toutes les personnes concernées ne vivent pas leur trouble de la même manière. Certaines ne se sentent pas en crise permanente (état psychotique grave, pensées ou comportement suicidaires, comportement agressif) et peuvent mener une vie sociale, familiale et professionnelle stable.
Comme le souligne le professeur Nicolas Franck : « la mauvaise connaissance des troubles psychiques conduit à une mauvaise représentation, qui conduit à un rejet et à des peurs ».
« La schizophrénie, c’est avoir une double personnalité »
❌ Faux. La schizophrénie ne correspond pas à un dédoublement de la personnalité. Il s’agit d’un trouble psychotique qui affecte la perception de la réalité (hallucinations, idées délirantes, pensée désorganisée). Le trouble de la personnalité multiple est une pathologie différente.
« Les personnes schizophrènes sont dangereuses ou violentes »
❌ Faux. La grande majorité des personnes vivant avec une schizophrénie ne sont pas violentes. Elles sont même plus souvent victimes de stigmatisation que responsables d’agressions. Avec un accompagnement adapté, elles peuvent mener une vie stable et apaisée.
« On ne peut pas se rétablir d’une schizophrénie »
❌ Faux. Il existe aujourd’hui des traitements efficaces (médicaments, psychothérapies, accompagnement social) qui permettent de réduire les symptômes et d’améliorer la qualité de vie. De nombreuses personnes suivent un parcours de rétablissement et travaillent, étudient ou vivent de façon autonome.
Schizophrénie : vrai ou faux ?

Des initiatives de sensibilisation, comme la campagne Positive Minders montrent justement que des personnes vivant avec une schizophrénie peuvent être pleinement intégrées dans la société et suivre un véritable parcours de rétablissement. Découvrez les autres faux articles de presse ainsi que des témoignages de personnes parfaitement intégrées à la société et ayant suivi un parcours de rétablissement sur le site dédié.